Fermé pour une année de travaux destinés notamment à moderniser la cage de scène, le plateau et la fosse d’orchestre, l’Opéra-Comique quitte provisoirement la salle Favart pour une saison hors les murs. Cette contrainte a l’avantage de faire découvrir de nouveaux lieux de programmation, à l’instar de cette première production « Zaïde ou le chemin de lumière », accueillie dans le cadre singulier du lycée Carnot. Le Hall Eiffel, avec sa splendide charpente métallique et ses dimensions imposantes (80 mètres de longueur sur 30 de large), évoque les structures industrielles de cette époque, déjà investies par d’autres institutions d’envergure (les Ateliers Berthier pour l’Odéon ou le Bockenheimer Depot pour l’Opéra de Francfort, par exemple). Utilisé pour des tournages de films et de nombreux défilés de mode, cet espace inattendu reste visible pendant toute la soirée dans son identité brute, magnifié par la variété des éclairages. Avec la nuit tombante, il bénéficie d’une exploration progressive de toutes les facettes de son architecture comme un unique élément de décor, sans chercher à la dissimuler.
Créé à Salzbourg en 2025, ce spectacle cherche à mettre en avant un ouvrage méconnu de Mozart, Zaïde (1780). Laissée inachevée, la partition est privée d’ouverture et de finale pour le deuxième acte, mais surtout de tout le troisième acte, que Mozart avait prévu avant d’abandonner le projet. Composé deux ans avant le plus facétieux Enlèvement au sérail, ce singspiel s’inscrit dans l’imaginaire des turqueries alors en vogue. Fidèle à ses habitudes (comme « L’Autre voyage », consacré à des raretés schubertiennes, déjà présenté à l’Opéra-Comique en 2024), Raphaël Pichon a choisi de proposer une nouvelle dramaturgie, qui associe les fragments conservés à d’autres pages du compositeur, particulièrement Davidde penitente et Thamos. L’ancien directeur du Théâtre de la Colline, Wajdi Mouawad, en a écrit les nouveaux textes et introduit le personnage de Persada, fille du rôle‑titre, qui cherche à retrouver les traces de sa mère disparue. Le Franco-Libanais n’en est d’ailleurs pas à sa première collaboration avec l’Opéra-Comique, lui qui a déjà signé la mise en scène d’Iphigénie en Tauride de Gluck en 2025 (reprise à Luxembourg en fin d’année).
Avec Zaïde, Mouawad ne cherche pas à coller au livret initial, ni à revenir aux sources de la tragédie Zaïre (1732) de Voltaire. Là où le propos du XVIIIesiècle voulait raconter une histoire de liberté individuelle face à la tyrannie, sur fond de peur de l’envahisseur ottoman, le nouveau récit place au centre de l’attention le nouveau personnage de Persada, en quête de mémoire et de transmission. Mouawad introduit également une dimension plus collective, en donnant une voix déchirante au destin des opprimés face au pouvoir de vie et de mort détenu par un seul homme. Le chœur, déjà présent chez Mozart avec une brève intervention au début, prend en effet une dimension autrement plus fournie, grâce à l’adjonction de Davidde penitente : constamment mobile, il entoure les solistes, les accompagne ou semble les protéger, tandis que la chorégraphie d’Evelin Facchini leur confère une vitalité quasi organique dans leurs déplacements d’ensemble.
La distribution réunit plusieurs personnalités, toutes très investies dans le projet. Ainsi de la fascinante Sabine Devieilhe, au volume un rien limité par endroits, qui impressionne par sa diction au service du sens et par sa présence scénique particulièrement juste. Johannes Martin Kränzle fait valoir toute sa classe vocale dans un rôle décisif, dont il exprime la grandeur dramatique avec une éloquence saisissante. Xenia Puskarz Thomas offre à Persada de superbes graves, malgré quelques duretés dans les changements de registre. Plus en retrait, malgré un beau timbre et une émission raffinée, Hugo Brady peine à s’imposer dans les ensembles. Enfin, Matthew Swensen assure l’essentiel dans son rôle plus sombre de Soliman, faisant oublier une voix trop étranglée.






