lundi 13 mars 2017

Musique orchestrale tirée des opéras de Franz Schreker - Lawrence Renes - Disque Bis

On ne cesse de regretter, année après année, le peu de productions dédiées à l’œuvre lyrique de Franz Schreker (1878-1934), grand rival de Richard Strauss avant la Première Guerre mondiale. Si son inspiration a eu du mal à se renouveler au tournant des années 1920, elle a malheureusement pâli plus encore au moment de son exclusion par les nazis du poste de directeur du Conservatoire de Berlin en 1932.

L’idée de réunir les plus belles pièces symphoniques composées pour ses opéras est donc aujourd’hui à saluer, tant au moins deux d’entre elles mériteraient d’être régulièrement inscrites au programme des concerts. Il en va ainsi du splendide Prélude des Stigmatisés (1911-1915), à la mélodie initiale vénéneuse et mystérieuse qui prend d’emblée aux tripes. Il est à noter qu’il s’agit ici d’une version de concert augmentée par rapport à celle composée pour l’opéra, commandée dès 1913 par Felix Weingartner. On privilégiera également l’écoute de l’interlude symphonique du Chercheur de trésor (1915–1918), où Schreker fait preuve de ses qualités d’orchestrateur, digne d’un Richard Strauss. Une orgie de couleurs explose en passant rapidement d’une idée à l’autre, tout en y incluant des délices de raffinement impressionnistes qui rappellent Debussy.


Schreker n’en conserve pas moins l’influence conjointe de son professeur Robert Fuchs (dont on a apprécié tout récemment les deux premières symphonies chez CPO) dans la parfaite conduite de l’architecture d’ensemble. C’est d’autant plus marquant dans les œuvres moins audacieuses réunies sur ce disque, comme le Prélude de La Boîte à musique (1915) ou le Prélude pour un grand opéra (composé tardivement en 1933 à partir des esquisses d’une œuvre lyrique abandonnée). Le beau Nocturne de l’opéra Le Son lointain, premier succès de Schreker en 1912, laisse quant à lui s’épanouir toutes les effluves impressionnistes dont se régale Lawrence Renes à la tête de l’Orchestre royal suédois.


Le chef néerlandais (né en 1970) choisit de minorer la force émotionnelle possiblement à l’œuvre dans cette musique faite de contrastes, gardant à distance le théâtre. Il conserve cependant un bon équilibre, tout en mettant en avant une sensibilité délicate dans les passages lents, presque suspendus par endroits. Ses tempi allants font avancer cette musique avec un sens du rythme jamais appuyé, qui révèle une réelle affinité avec Schreker. On est davantage ici dans l’évocateur et l’expression des sonorités, là où le drame, chez le compositeur, n’est jamais loin. Une version intéressante, mais dont on ne pourra se contenter.

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