Quatorze ans après le scandale mémorable de la production de Krzysztof Warlikowski, la Médée de Cherubini fait son retour au Théâtre des Champs-Elysées, cette fois en version de concert. Les couleurs baroques du Concert de la Loge s’allient aux accents tranchants de Marina Rebeka dans le rôle-titre, dans une version à l’orchestration sensiblement étoffée.
Ouvrage de transition entre les périodes classique et romantique, le chef-d’œuvre de Cherubini trouve ses racines entre la tragédie lyrique de Gluck et l’élan mozartien, tout en annonçant les audaces harmoniques de Beethoven et de Spontini. Initialement conçu en tant qu’opéra-comique, Médée (1797) a été popularisée au XXe siècle dans son adaptation italienne, grâce au talent de Maria Callas et Leonard Bernstein.
Place cette fois à la découverte d’une nouvelle version, telle qu’elle aurait pu être montée à l’Opéra de Paris, grâce aux récitatifs recomposés dans le style de l’époque par le chef d’orchestre et musicologue Alan Curtis. L’orchestration a ainsi été sensiblement étoffée, aux cuivres notamment, tout en ajoutant un court ballet. Comme à l’habitude, un disque avec l’ensemble des protagonistes du présent concert permettra de mettre en valeur ce projet sur la durée.
On retrouve un spécialiste de ce répertoire en la personne du chef Julien Chauvin, déjà partenaire du Palazzetto Bru Zane pour explorer la rare Phèdre (1786) de Lemoyne, en 2017. S’il faut un peu de temps pour s’acclimater à la verdeur des bois, de même que plusieurs imprécisions aux cors, les couleurs baroques font rapidement mouche, entre attaques sèches et vitalité rythmique, le tout sans temps mort. Pour autant, Chauvin sait aussi s’apaiser pour révéler les parties plus intimistes, tel le ravissant trio des confidentes de Dircé.
À cet égard, il faut saluer la qualité du plateau vocal réuni pour l’événement, et ce jusqu’au moindre petit rôle. Parmi eux, le public fait un triomphe mérité à Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, qui donne une leçon de classe vocale, entre qualités déclamatoires, profondeur du timbre et expressivité.
La plus grande ovation revient toutefois à Marina Rebeka, qui fait vivre le rôle-titre d’une intensité peu commune, aux nombreuses prises de risque. Si les accélérations la mettent parfois à mal dans sa diction, elle se rattrape dans les envolées lyriques, où sa voix ample et puissante se déploie avec superbe.
À ses côtés, Julien Behr confère à son Jason une vérité théâtrale toujours admirable de précision dans l’articulation, qui fait oublier une émission trop serrée, à la sonorité nasale dans l’aigu. Malgré des couleurs un peu ternes, Patrick Bolleire s’impose en Créon par sa projection agile, très crédible dans l’autorité.
Plus modeste en comparaison, la voix de Mélissa Petit se distingue par sa finesse, particulièrement dans les piani, tandis que les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles ravissent à chacune de leurs interventions. Leur jeunesse vocale rayonnante et leur précision technique permettent de se délecter d’une myriade de détails, particulièrement bienvenus dans ce répertoire. Vivement le disque !

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