Nommé à la tête de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse pour la période 2024-2029, Tarmo Peltokoski (né en 2000) a consacré une grande partie de ses premiers concerts aux Symphonies de Gustav Mahler, notamment l’an passé avec la Cinquième à Paris, puis la Deuxième à Montpellier. Place cette fois à la Sixième, qui sera également donnée dans la foulée par les forces toulousaines lors d’une tournée au Japon, avec un complément de programme différent, dédié à Rachmaninov.
A Paris, on retrouve le Concerto pour piano n° 4 (1808) de L. van Beethoven sous les doigts experts d’Alexandre Kantorow. Le début intime, lent et serein, met en valeur le pianiste français, et ce tout au long de l’œuvre. L’accompagnement allégé, aux silences marqués, s’efface volontairement pour concentrer l’attention sur la liberté de phrasés de Kantorow, souvent imprévisible. Très délié, le piano chantant fait entendre chaque note, en une souplesse féline, presque effleurée par endroits. Dans cet esprit, la fusion avec le chef est totale, en un ton inhabituellement doux à l’Allegro initial, avant une cadence plus habitée, où le pianiste affirme davantage d’autorité. L’Andante qui suit, l’un des plus originaux composés par Beethoven, joue de l’alternance entre les effets abrupts et péremptoires aux cordes et la nostalgie désabusée du soliste. La fin, comme murmurée, enchaîne directement vers le Rondo, où le tempo s’anime sensiblement. Le chef finlandais poursuit ce jeu de contrastes lors d’un crescendo impressionnant, avant l’ultime cadence. En bis, les états d’âme de l’Intermezzo, opus 117 n° 1 (1892) de Brahms laissent rapidement place à des phrases inachevées et obsessionnelles, qui précèdent la conclusion emphatique de Vers la flamme, opus 72 (1914) de Scriabine.
Après l’entracte, les scansions inoubliables du début de la Symphonie n° 6 (1906) de Gustav Mahler résonnent sans excès, du fait de la mise sur le même plan de la mélodie principale et des contrechants – une caractéristique décisive de cette interprétation. L’allégement des cordes conduit aussi à mettre en valeur une série de détails d’orchestration, tout en donnant un aspect plus séquentiel. Des variations de tempi incessantes irriguent cette lecture, qui évite les effusions émotionnelles par une accélération dantesque des tutti, où les interventions solistes s’épanouissent dans l’extraversion colorée. Plusieurs sonorités exacerbées rapprochent ainsi Mahler de Chostakovitch. Parallèlement, Peltokoski installe des passages irréels et suspendus dans les piani, d’une précision millimétrée. Les verticalités peuvent toutefois apparaître un rien trop uniformes dans cette volonté de fuir le narratif, même si ce geste tourne Mahler vers un langage plus moderne.
Si les mouvements extérieurs n’évitent pas quelques baisses de tension, le Scherzo s’avère très réussi par sa capacité à bondir d’un pupitre à l’autre, avant l’apaisement conféré au chant radieux du hautbois. L’attention aux nuances demeure constante, avec des cordes retenues et des vents plus démonstratifs. L’Andante reste sur les mêmes cimes en poursuivant l’entrelacement des timbres en un fondu envoûtant aux flûtes, cor anglais et cor solo. Les cloches de vaches résonnent dans les coulisses, comme un écho des montagnes où Mahler composait ses symphonies pendant ses vacances d’été. Parmi les autres effets inattendus, on retient également le “marteau de Mahler”, un instrument spécialement conçu par le compositeur pour le final, afin d’asséner puissamment les coups du destin.

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