mardi 10 mai 2016

« Mendelssohn in Birmingham, volume 4 » - Edward Gardner - Disque Chandos


Avec la parution en 2015 du troisième volume consacré au cycle «Mendelssohn à Birmingham», on pensait achevée la série dirigée par l’excellent Edward Gardner. Le chef britannique choisit cette fois d’aller au-delà des seules symphonies pour explorer plus avant des chefs-d’œuvre bien connus du maître de Leipzig, tous deux composés sur la fin de sa vie. Toujours inspiré par Shakespeare, Mendelssohn remit en effet sur le métier la composition de la musique de scène du Songe d’une nuit d’été en 1843, près de vingt ans après en avoir écrit la splendide Ouverture (1826). Gardner s’empare de ce petit bijou étincelant en un geste qui exalte la vivacité rythmique et les contrastes, en évitant soigneusement toute dureté. La souplesse admirable des transitions s’appuie sur une absence de vibrato et de sentimentalisme qui sied parfaitement à cette œuvre, adoptant des variations de tempo surprenantes, nerveuses et excitantes par endroit. C’est avant tout à un festival de couleurs que nous convie Gardner, très inspiré ici.

Une même optique coloriste est adoptée dans le Second Concerto pour violon (1844) évacuant toute la fougue et la virtuosité souvent associée à ce pilier du répertoire. Il faut sans doute un peu de temps pour s’habituer à cette lecture posée et réfléchie, afin de bénéficier de tous ces atours poétiques. Si le tempo est globalement plus lent par rapport au Songe d’une nuit d’été, il ne sacrifie en rien à l’élan narratif, portant d’une élégance constante ce qui apparait ici comme une symphonie avec violon obligé. Jennifer Pike (née en 1989) ne cherche ainsi jamais à se mettre en avant, offrant une réelle tendresse, presque mélancolique au deuxième mouvement. Le tout dernier est plus inégal, même si l’on se délecte à nouveau de l’exaltation des couleurs, évacuant toute gaité naïve.


En conclusion, un très beau disque qui renouvelle notre écoute de ces chefs-d’œuvre bien connus. On attend la suite – les oratorios? – avec impatience.

vendredi 6 mai 2016

« Ouvertures d'opéra, volume 4 » de Domenico Cimarosa - Michael Halász - Disque Naxos

Incontestable champion des ouvertures d’opéra gravées au disque pour Naxos, le chef hongrois Michael Halász (né en 1938) s’est déjà illustré avec Mozart et Rossini, avant de se tourner vers Domenico Cimarosa (1749-1801). Il faut dire que le travail de réhabilitation du compositeur napolitain est encore grandement à accomplir tant ses plus de quatre-vingts ouvrages lyriques restent encore méconnus – seul l’incontestable chef d’œuvre Le Mariage secret (Vienne, 1792) a toujours les faveurs régulières de la scène. C’est principalement dans cette veine comique que Cimarosa s’est en effet illustré, même si l’on compte une quinzaine d’ouvrages sérieux composés de 1780 jusqu’à sa mort. Au cours de sa carrière, on peut compter trois grandes périodes créatrices: les œuvres de la période de jeunesse présentées dans toute l’Italie (1772-1783), les consécrations à Florence (1784-1787), Saint-Pétersbourg (1788-1792) et Vienne (1792-1793), avant le retour définitif à Naples (1793-1801).

Il s’agit déjà du quatrième disque consacré aux Ouvertures de Cimarosa depuis 2007, les précédents ayant été gravés par des orchestres et chefs différents. Les neuf ouvertures réunies cette fois appartiennent toutes à la première période d’inspiration, dévolue aux comédies et intermezzos, hormis la tragédie Giunio Bruto (1781). Pour autant, une même gaîté domine dans ces petits bijoux symphoniques étincelants et sans prétention. Il faudra cependant se garder d’écouter le disque d’une traite tant l’inspiration de Cimarosa manque parfois de renouvellement au-delà de la rythmique ensorcelante et de la séduction mélodique. Le geste expérimenté et énergique de Halász fait heureusement merveille tout du long, bien épaulé par un très correct ensemble basé à Pardubice, petite ville située à l’est de Prague.

lundi 2 mai 2016

Arrangements de quatuors de Schubert et Chostakovitch - LSO String Ensemble - LSO Live

Dans la série des nombreux enregistrements publiés chez LSO Live depuis 1999, le London Symphony Orchestra s’était distingué voilà deux ans en un premier disque consacré au répertoire pour cordes seules, autour de Tchaïkovski et Bartók. Le pupitre de cordes dirigé par Roman Simovic récidive aujourd’hui avec ce nouvel enregistrement dédié à deux chefs d’œuvre bien connus, autour d’arrangements réalisés par des pointures non moins célèbres. Ainsi du fameux Quatuor «La Jeune Fille et la Mort», quatorzième et avant-dernière œuvre du genre composée par Schubert en 1824, et dont le deuxième mouvement fut transcrit pour ensemble à cordes par Gustav Mahler quelque soixante-dix ans plus tard.

Contrairement à son intention initiale, Mahler délaissa les trois autres mouvements à l’état d’esquisses, et il fallut donc attendre les fruits de la collaboration entre le musicologue Donald Mitchell (né en 1925) et le compositeur David Matthews (né en 1943) pour entendre l’œuvre transcrite dans son entier en 1984. C’est cette version que l’on entend ici dans l’interprétation équilibrée de Simovic, qui lisse les arêtes des accords déchirants des premières mesures pour mieux imposer une lecture élégante et subtile, à la limite de la nonchalance en certains passages. En allégeant sensiblement les effets de masse, il se rapproche néanmoins de la version originale pour quatuor, en se situant toujours dans cette optique soyeuse et confortable.


Cette lecture convient peut-être mieux pour découvrir le sombre et néanmoins superbe Huitième Quatuor de Chostakovitch, transcrit cette fois par son ami le chef d’orchestre Rudolf Barshai (qui assura, entre autres, la création de la Quatorzième Symphonie du maître russe en 1969). Avec l’accord du compositeur, Barshaï obtint le rare privilège de renommer sa transcription en «Symphonie de chambre». On a là une bonne introduction à l’univers des quinze Quatuors de Chostakovitch, somme assez méconnue en comparaison des Symphonies, et pourtant tout aussi passionnante. Les plus curieux pourront également découvrir les autres transcriptions des Premier, Troisième, Quatrième et Dixième Quatuors réalisées par Barshai pour cordes (et parfois vents en complément). Mais il faudra aller au-delà de ce disque pour dépasser ce qui constitue certes une bonne initiation à ce répertoire, mais trop confortable une fois venu le temps de l’approfondissement.

dimanche 1 mai 2016

Concertos pour violon 3 et 4 d'Ernst von Gemmingen - Symphonie de Gossec - Ulf Schirmer - Sebastian Weigle - Disque CPO


Parmi la pléiade de compositeurs totalement inconnus que CPO nous fait découvrir année après année, Ernst von Gemmingen (1759-1813) figure en bonne place, et ce malgré un tout premier volume paru en 2012 consacré à ses deux premiers concertos pour violon, composés dans les années 1790. On retrouve les mêmes interprètes pour ce qui constitue, bien évidemment, des premières mondiales, cette fois autour des deux derniers concertos de ce compositeur allemand qui fit l’essentiel de sa carrière musicale à Heilbronn, ville libre de l’Empire jusqu’en 1803, idéalement située entre Mannheim et Stuttgart. Dans ces deux œuvres composées en 1800 et 1802, Gemmingen affiche sa dette envers les deux géants viennois Haydn et Mozart, empruntant la vivacité rythmique de l’un et le raffinement orchestral (aux vents notamment) de l’autre. Si la direction d’Ulf Schirmer manque parfois d’imagination et de surprises, on se délecte pour autant de son attention aux détails, du respect des équilibres entre les pupitres et de sa respiration harmonieuse. Pour l’électricité, on se concentrera sur le violon investi de Kolja Lessing (né en 1961, également reconnu en tant que pianiste), aux attaques sèches et à l’élan irrépressible.


Si l’on pourra se laisser séduire par le charme indéniable de ces deux œuvres, ce disque vaut surtout par son complément dirigé, cette fois, par l’excellent Sebastian Weigle. Le directeur général de la musique de l’Opéra de Francfort illumine de son geste agile et véloce cette symphonie de jeunesse de François-Joseph Gossec (1734-1829), tout en gardant lui aussi une lisibilité très à propos. Son sens de la transparence et de l’élégance fait merveille tant on se surprend à prendre un plaisir constant au raffinement délicieux du compositeur français, très inspiré ici. Un complément à écouter en priorité, véritable «must» de cet enregistrement réussi.

lundi 4 avril 2016

« Antoine et Cléopâtre » de Florent Schmitt - JoAnn Falletta - Disque Naxos

Plusieurs fois salués, les nombreux enregistrements de JoAnn Falletta chez Naxos (consacrés par exemple à Holst en 2012 ou à Paine l’an passé) ont tous bénéficié du geste lyrique et coloré d’une baguette véritablement inspirée, que l’on retrouve avec bonheur dans ce nouveau disque entièrement dédié à Florent Schmitt (1870-1958). Curieusement, le très prolifique compositeur français ne reste aujourd’hui connu que pour une poignée d’œuvres, La Tragédie de Salomé, Salammbô et son Psaume XLVII en tête, alors que tant d’autres merveilles attendent encore.

Ainsi des deux Suites tirées de la musique de scène d’Antoine et Cléopâtre de Shakespeare, montée à l’Opéra Garnier en 1920 sous la forme d’un ballet avec Ida Rubinstein, où l’on se délecte de la sensualité orientalisante obsédante de l’ancien élève de Massenet et Fauré. C’est particulièrement notable dans cette œuvre attachante, d’une transparence diaphane dont s’empare Falletta avec un sens de la respiration harmonieux et serein. Autour de ce raffinement orchestral inouï qui évoque Ravel ou Rimski-Korsakov, le geste de l’Américaine apporte beaucoup de souplesse et d’équilibre, et ce même lorsque Schmitt ose des interventions plus cuivrées pour évoquer le Camp de Pompée dans la Première Suite. Portée par une attention constante aux variations d’atmosphère, l’inspiration du maître semble ne jamais faiblir dans le jeu des oppositions entre évocations rêveuses et agitations plus verticales et luxuriantes.


Dommage que la pièce ici gravée en complément, Le Palais hanté, apparaisse plus convenue en comparaison. Composée en 1904 d’après l’œuvre de Poe adaptée par Mallarmé, elle tire son inspiration littéraire du symbolisme, tout en se situant davantage du côté de l’impressionnisme au niveau musical. Mais ne serait-ce que pour la très belle version des deux Suites d’Antoine et Cléopâtre, ce disque constitue une aubaine pour ceux qui n’auraient pas fait l’achat de l’autre version moderne gravée par Jacques Mercier en 2008, pour Timpani.