Après s’être attaqué à l’intégrale des Symphonies parisiennes de
Haydn au disque, Julien Chauvin et son ensemble sur instruments d’époque
Le Concert de la Loge ont fait paraître en début d’année chez Accentus la version française de son oratorio La Création
(1798). Place cette fois à l’original chanté en allemand, quelques
semaines après avoir enflammé les mêmes planches du Théâtre des
Champs‑Elysées, pour la Médée de Cherubini.
Entre le méconnu Retour de Tobie (1775) et Les Saisons
(1801), le deuxième oratorio de Haydn s’inscrit dans la dernière période
créatrice du compositeur. Dégagé de ses fonctions auprès de son
employeur, le prince hongrois Nicolas II Esterházy – à l’exception de la
commande annuelle d’une messe – Haydn jouit alors d’une plus grande
liberté artistique, déjà manifeste dans l’éclatante série des Symphonies londoniennes.
Parmi les fleurons de La Création, l’ouverture descriptive du
chaos originel retient immédiatement l’attention par son originalité,
entre une harmonie volontairement flottante, des phrases interrompues et
des dissonances savamment distillées. Spécialiste de ce répertoire,
Julien Chauvin assemble patiemment ces éléments en allégeant les
textures, au bénéfice d’une attention soutenue à l’articulation et à la
conduite narrative. Globalement, le chef français se montre plus à
l’aise dans l’expressivité des parties apaisées que dans les passages
majestueux, pas assez mordants. La faute, sans doute, à un Chœur de
chambre de Namur qui manque d’homogénéité, avec des basses trop peu
audibles, notamment en comparaison des sopranos. Les fugues apparaissent
ainsi déséquilibrées, là où les envolées homophoniques fonctionnent
mieux en comparaison.
Parmi les trois interprètes réunis pour la version française au disque,
seul Nahuel Di Pierro fait figure de rescapé. L’ancien membre de
l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris séduit par sa capacité à sculpter les mots au service du
sens, mais ne parvient pas tout à fait à masquer une tessiture
insuffisante dans les graves, occasionnant quelques légers détimbrages. A
ses côtés, malgré un manque d’agilité dans les accélérations, Regula
Mühlemann impressionne par sa rondeur et sa technique sans faille,
autour d’une belle projection. De même, Petr Nekoranec ne manque pas de
puissance et d’éclat, au service d’un timbre de toute beauté. Son
éloquence sans ostentation fait mouche dans les récitatifs, toujours
passionnants de lisibilité.
Parce que la culture se conjugue sous plusieurs formes, il sera sujet ici de cinéma, de littérature, de musique, de spectacles vivants, selon l'inconstante fantaisie de son auteur
vendredi 10 avril 2026
« La Création » de Joseph Haydn - Julien Chauvin - Théâtre des Champs-Elysées à Paris - 08/04/2026
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