Après l’ébouriffant Petit Faust d’Hervé donné en décembre dernier,
Les Frivolités Parisiennes font leur retour dans la fosse de l’Athénée
avec un spectacle plus abouti encore, parmi les meilleurs qu’il nous ait
été donné de voir de leur part. On ne peut que se réjouir du choix du
duo composé d’Emily Wilson et Jos Houben, à même de faire vivre d’une
fantaisie burlesque et déjantée le rare No, No, Nanette (1924) de Vincent Youmans (1898‑1946).
Considéré comme le premier succès mondial de la comédie musicale
américaine, cet ouvrage a été très bien accueilli dans notre pays lors
de son adaptation en français en 1926 à Mogador. Les mélodies faciles
issues du jazz ou du blues, aux rythmes dansants façon fox‑trot ou
charleston, font immédiatement mouche, sans temps mort. A la tête des
Frivolités Parisiennes, Benjamin Pras en exalte les sonorités souvent
très cuivrées avec une belle vitalité. Plusieurs chansons que l’on se
surprend à fredonner résonnent ainsi longtemps après l’écoute, telles
que les célèbres « I want to be happy » ou plus encore « Tea for Two ».
Cette dernière a été réutilisée pour l’un des gags les plus mémorables
du film La Grande Vadrouille (1966), où Bourvil et De Funès
sifflotent ce standard inoubliable dans un hammam, à la recherche de
leur contact britannique. De même, répondant à un défi du chef
d’orchestre Nikolaï Malko, Chostakovitch en a réalisé, en moins d’une
heure, une adaptation délicieuse pour orchestre, dénommée Tahiti Trot (1927).
Avec des dialogues finement ciselés remis au goût du jour par
l’incontournable Christophe Mirambeau, le livret lorgne du côté du
vaudeville à la Feydeau, en moquant deux couples bourgeois cernés par la
routine. Nanette, la fille adoptive infantilisée, rêve d’une vie plus
aventureuse, tout en repoussant les demandes en mariage de Tom, le fils
spirituel de l’avocat Billy Early. Entre conformisme social et volonté
d’émancipation, le récit se joue des quiproquos autour de la générosité
du mari volage pour aider trois jeunes filles, en mal de soutien
financier.
La mise en scène de Wilson et Houben séduit par son imagination visuelle aux trouvailles constantes, portée
par une attention soutenue aux moindres déplacements. L’utilisation
d’immenses panneaux coulissants aux couleurs pop permet aussi de
multiples surprises drolatiques dans l’entrée et la sortie des
personnages, tout en revisitant à l’envi les volumes. Les chorégraphies
aux faux airs de music‑hall s’insèrent à merveille dans les péripéties,
en conservant une distance second degré par rapport au sentimentalisme
des situations. Le chœur, admirable de précision, agit comme un ballet
de papillons étourdissant autour des personnages.
Le plateau vocal réuni apporte beaucoup de satisfactions, au premier
rang desquelles la Nanette au timbre et à l’émission aériens de Marion
Préïté, véritable rayon de fraîcheur de la soirée. A ses côtés, Loaï
Rahman (Tom) impressionne par la multiplicité de ses talents, de ses
déhanchés véloces à ses claquettes virtuoses, tout en poussant joliment
la chansonnette. Il revient à Lauren Van Kempen (Lucille Early) la plus
belle interprétation vocale, particulièrement touchante dans son air
« Je suis toujours ton épouse et j’ai le blues ». Enfin, Marie‑Elisabeth
Cornet compose une désopilante bonne, volontiers râleuse et farfelue,
qui clôt le spectacle avec une touche de mélancolie bienvenue.


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