Perturbée par la pandémie, la première coproduction d’importance entre les quatre opéras de la région Sud (Avignon, Nice, Marseille et Toulon) a été consacrée à La Dame de Pique, entre 2020 et 2022. Si le projet suivant, Rusalka, moins réussi, a fait un détour par Bordeaux en 2023, on se réjouit cette année de retrouver une rareté aussi inattendue que Le Villi
(1884). C’est là une occasion de découvrir le tout premier ouvrage
lyrique de Puccini dans la Cité des Anges, deux ans seulement après
avoir eu la chance d’entendre Edgar dans les mêmes lieux.
Le style grandiloquent du compositeur italien est encore en gestation,
manifestement influencé par les grands maîtres, dont Verdi et Wagner
(pour le rôle omniprésent de l’orchestre). L’opéra‑ballet Le Villi
surprend aussi par son sujet fantastique, très éloigné du vérisme, dont
Puccini se régale pour embrasser des envolées spectaculaires,
rehaussées d’une place prépondérante des chœurs (très bien préparés à
Nice). On peut toutefois regretter que la durée brève de l’ouvrage,
d’environ 1 heure 10, n’ait pas donné lieu à l’adjonction d’un
complément, par exemple Zanetto de Mascagni ou Il tabarro du même Puccini.
Quoi qu’il en soit, le plaisir va croissant tout au long de la soirée,
après que les interprètes ont mis un peu de temps à se chauffer. Ainsi
d’Armando Noguera (Guglielmo) et de Vanessa Goikoetxea (Anna), qui
prennent toute leur mesure dans l’expressivité des passages dramatiques,
là où les échanges plus subtils du dialogue amoureux les montrent plus
en retrait, faute d’un médium plus affirmé. A leurs côtés, Thomas
Bettinger compose un Roberto volontiers sonore, admirablement porté sur
la diction. Seul le vibrato envahissant peut surprendre dans un tel
rôle, mais l’ensemble reste suffisamment convaincant. Suite à un
problème technique, les surtitres n’ont pas pu être affichés pour cette
représentation, ce qui empêche de saisir le sens des interventions de la
comédienne Monica Guerritore, sauf pour les parfaits italophones. La
direction appliquée de Valerio Galli joue quant à elle la carte des
équilibres entre les pupitres, cherchant à éviter toute surcharge
émotionnelle, ce qui est bienvenu dans ce répertoire.
Enfin, le spectacle entièrement conçu par Stefano Poda s’épanouit dans
une scénographie splendide, magnifiée par des éclairages variés. Les
mélomanes voyageurs auront beau jeu de constater que le travail du
plasticien italien se ressemble au fil des projets, mais force est de
constater qu’il fonctionne bien ici, en enfermant d’emblée ses
protagonistes dans un huis clos étouffant. Le décor unique pendant toute
la représentation revisite le cauchemar de Guglielmo en une multitude
d’éléments symboliques, du cercle infranchissable accueillant un arbre
déraciné aux fils entrelacés en hauteur, comme autant de vies
interrompues. Si Poda pourrait être plus explicite quant à ses visées,
il reste toujours aussi fascinant dans son expression visuelle
grandiose.
Parce que la culture se conjugue sous plusieurs formes, il sera sujet ici de cinéma, de littérature, de musique, de spectacles vivants, selon l'inconstante fantaisie de son auteur
lundi 27 avril 2026
« Le Villi » de Giacomo Puccini - Stefano Poda - Opéra de Nice - 26/04/2026
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