Deuxième ville d’Allemagne de l’Est après Berlin, Leipzig ne manque pas
d’atouts pour séduire le mélomane, de la renommée internationale de son
orchestre du Gewandhaus aux réjouissances annuelles de la Bachfest
(11‑26 juin). En ce printemps, outre les festivals A Cappella (1er‑9 mai)
et Wagner (20‑25 mai), le deux cent vingt-cinquième anniversaire de la
naissance d’Albert Lortzing (1801‑1851) est célébré en grande pompe :
pas moins de cinq ouvrages lyriques différents, dont une réduction pour
enfant du plus célèbre d’entre eux, Tsar et charpentier, sont
ainsi présentés sur plusieurs jours. On tient là une occasion inespérée
de dépasser les clichés affublés à ce petit maître sous‑estimé (à
l’instar de ses contemporains Auber et Adam), qui reste en grande partie
méconnu en dehors des pays germaniques.
C’est avant tout dans le domaine de l’opéra-comique (défini par une
alternance de dialogues parlés et de scènes chantées), que Lortzing a
acquis sa renommée, profitant de sa longue expérience sur les planches,
en tant que comédien et chanteur. Dès ses 11 ans, le jeune homme
d’origine modeste suit ainsi ses parents lors de tournées itinérantes,
tout en se formant à la composition. Son immense popularité le propulse
directeur musical à Leipzig, Vienne et Berlin, tandis que sa muse se
fait plus ambitieuse en se tournant vers un langage sérieux, notamment
avec Ondine (1845).
Si le sujet rappelle la Rusalka (1901) de Dvorák, il en diffère
par l’adjonction d’éléments bouffons, confiés aux figures populaires
Hans et Veit, amateurs de boissons alcoolisées : leurs scènes figurent
parmi les plus réussies de la partition. Toutefois, le drame perd en
profondeur ce qu’il gagne en proximité avec les auditeurs, sans doute
sensibles à l’esprit espiègle de Lortzing (également auteur du livret).
On a donc là un ouvrage intermédiaire, au ton semi‑sérieux, qui gagne
progressivement en mystère au fil de la soirée, avec un dernier acte
très abouti : c’est bien la capacité à mettre les mots au cœur des
situations, sans ostentation, qui fait tout le miel de cet ouvrage. Les
ensembles constituent à cet égard les moments les plus convaincants,
portés par une écriture toujours tournée vers la progression dramatique.
Le langage musical reste néanmoins assez convenu, desservi par une
orchestration modeste, loin des raffinements d’un Mendelssohn. A cet
effet, la direction de la Sud‑Coréenne Yura Wang privilégie des textures
allégées, sans surcharge émotionnelle superflue. Si cette lecture
manque de mordant par endroits, elle a pour avantage de ne jamais
couvrir ses chanteurs.
Le plateau vocal peine à convaincre, en raison d’interprètes globalement jeunes, manifestement peu aguerris à la diction dans les passages rapides. Olena Tokar (Bertalda) tire son épingle du jeu, grâce à une solide aisance technique sur toute la tessiture. Nattha Thammathi (Hugo) séduit quant à lui par son brillant et son éloquence, faisant oublier des changements de registre un peu brusques dans l’aigu et une voix de tête insuffisamment projetée. Malgré un beau timbre, la voix trop légère de Jonathan Michie (Kühleborn) ne parvient pas à mettre en valeur la noirceur de son personnage, tandis que Sarah Traubel déçoit en Ondine, entre vibrato prononcé et interprétation trop prudente. En dehors d’une puissance limitée, Sven Hjörleifsson (Veit) s’impose par sa musicalité, à même de résonner avec l’excellent Peter Dolinsek (Hans), d’une présence drolatique dans son court rôle.


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