Si l’Opéra d’Avignon monte régulièrement les plus grands succès d’Offenbach, à l’instar d’Orphée aux enfers en 2018 ou La Périchole en 2019,
on se félicite que cette programmation du genre léger ne soit pas
limitée à la période des fêtes de fin d’année, comme c’est le cas pour
la présente production de La Belle Hélène (1864). De quoi
retrouver un spectacle très réussi, qui a déjà été repris largement
depuis sa création en 1998, comme à Saint‑Céré en 2012, tout en ayant eu l’honneur d’une captation télévisée pour France 3.
Mise en scène par Olivier Desbordes (né en 1950), fondateur et directeur
artistique du festival de Saint‑Céré entre 1981 et... 2021, cette
production surprend tout d’abord par sa sobriété de moyens, à laquelle
on s’habitue peu à peu : deux simples panneaux encadrent la scène afin
d’apporter plusieurs détails savoureux, permettant d’enrichir et
moderniser le récit. L’idée principale de Desbordes consiste en effet à
transposer l’action dans une famille royale contemporaine bling‑bling,
cernée par les affres de la célébrité comme des tabloïds avides de
scandale. Les clins d’œil à l’actualité, parfois locale, abondent, en
même temps que les anachronismes farfelus, proches de l’esprit de
l’ouvrage. La direction d’acteurs, imaginative et survitaminée,
constitue l’un des grands atouts de ce spectacle, qui multiplie les
sous‑textes : ainsi de Ménélas qui ne semble pas insensible aux charmes
du berger, lors d’une rocambolesque scène de ménage à trois. Si la
production aurait gagné à moderniser les extraits vidéos, par trop
datés, on rit de bon cœur face à cette fantaisie sans prétention, au
rythme efficace.
Le plateau vocal réuni se montre également de haute tenue, notamment dans l’excellence des seconds rôles. Le couplet des rois, un des sommets de la partition, remporte ainsi des suffrages mérités, à l’instar des différents rappels en fin d’ouvrage. Dans le rôle‑titre, Julie Robard‑Gendre fait oublier une voix un peu trop lourde, ainsi qu’une composition théâtrale à la limite du cabotinage, par un investissement vocal sans faille, faisant ressortir ses graves, délicieusement veloutés. L’émission plus nasale de Raphaël Jardin (Pâris) manque de couleurs en comparaison, mais séduit par sa capacité à sculpter les mots au service du sens. Si Carl Ghazarossian (Ménélas) et Lamia Beuque (Oreste) assurent l’essentiel sans briller, on leur préfère les drolatiques Thibault de Damas (Agamemnon) et Jean‑Vincent Blot (Calchas), à la projection agile et puissante sur toute la tessiture.


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