samedi 18 juillet 2026

Concert de la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen - Omer Meir Wellber - Festival Radio France à Montpellier - 17/07/2026

Omer Meir Wellber

Après le concert donné ici avec Jakub Hrůsa à la tête du Philharmonique de Radio France, place cette fois à une esthétique radicalement différente autour du chef Omer Meir Wellber et de la Philharmonie de chambre allemande de Brême. Au mélange de précision et de souplesse de la formation parisienne succède cette fois l’impressionnante cohésion technique de l’orchestre de chambre allemand, en tournée tout l’été avec Wellber. A la lecture de leur agenda, on s’amuse de constater que les prochains concerts reprennent le même programme, à une exception près : le Double Concerto pour violon et accordéon « Labyrinth of Time » d’Aziza Sadikova (née en 1978) remplace la Première Symphonie de Mozart choisie pour Montpellier.

C’est l’Ouverture de l’opéra Don Giovanni (1787) qui ouvre le concert pour chauffer les musiciens, familiers de ce joyau du répertoire classique. Omer Meir Wellber affiche ses intentions par une entrée en matière bouillonnante, d’autant plus impressionnante qu’elle est obtenue avec seulement vingt cordes. Les attaques sèches, sans vibrato, impriment une tension constante, soutenues par des tempi vifs. Le chef israélien s’intéresse peu à la respiration des phrasés, en optant davantage pour un style percussif et nerveux, qui bouscule son Mozart. On s’habitue peu à peu à cette lecture ponctuée d’accents, particulièrement excitante dans le cadre du concert.


Après cet apéritif tonitruant, la classe majestueuse et sereine d’Hilary Hahn vient calmer les ardeurs du Premier Concerto (1868) de Bruch. La clarté et la pureté des sonorités de la violoniste impressionnent toujours autant, même si ses tempi alanguis dans les deux premiers mouvements sonnent quelque peu en décalage avec le rugissant accompagnement orchestral. Le Finale paraît ainsi un peu brusque sous cette battue, qui ne s’embarrasse pas de coquetteries. En bis, Hilary Hahn retrouve des cimes plus lumineuses avec la Loure de la Troisième Partita de Bach.

Après l’entracte, le public a la curiosité de découvrir la rare Première Symphonie de Mozart, composée en 1765 à seulement 8 ans, à l’occasion de son séjour londonien. Cet ouvrage ne manque pas de qualités dans cette interprétation engagée, surtout dans son premier mouvement contrasté. Le deuxième laisse aussi entrevoir quelques répétitions entêtantes et volontiers planantes, que le chef anime astucieusement en jouant sur les nuances, autour de piani éthérés. Le bref Finale, en revanche, tourne quelque peu à vide, faute d’idée saillante. On aurait préféré entendre le superbe Cinquième Concerto pour piano, en réalité le premier composé par Mozart (les précédents étant des adaptations de sonates de contemporains).

Le meilleur reste encore à venir avec la Quatrième Symphonie (1851) de Schumann. L’introduction lente très détaillée n’est qu’un leurre, tant les tempi du chef israélien s’enflamment avec les premiers tutti, en un son globalement dense (avec trente cordes réunies pour l’occasion). Plusieurs détails spectaculaires ressortent, comme les scansions aux cors, tandis que les vents se font plus discrets en comparaison. Chaque pupitre privilégie des attaques sèches avec un mordant sans pareil, même si quelques effets dans les pianissimi viennent mettre en valeur, par contraste, les crescendos à venir. A l’instar du Concerto de Bruch, chaque mouvement est enchaîné directement.

Le manque de respiration par endroits est compensé par la fluidité des transitions, ainsi que le sentiment d’excitation palpable dans cette interprétation sans temps morts. Si cette lecture dynamique n’évite pas quelques sécheresses dans les couleurs, elle se distingue par son expressivité, particulièrement remarquable dans l’introduction dramatique du Finale. Les variations de tempo incessantes confèrent à l’œuvre une dimension imprévisible, qui trouve toujours son assise dans le soin apporté à la rythmique et à la narration globale.

En bis, le chef, manifestement ravi, s’amuse à jouer du triangle, tout en dirigeant du pupitre la Première Danse hongroise de Brahms, pour le plus grand bonheur du public montpelliérain. 

vendredi 17 juillet 2026

Concert du Philharmonique de Radio France - Jakub Hrůsa - Festival Radio France à Montpellier - 16/07/2026

Jakub Hrůsa

Pour sa quarante et unième édition, le Festival de Radio France Occitanie Montpellier a la bonne idée d’inviter Jakub Hrůsa (né en 1981), l’un des chefs les plus en vue du moment, directeur musical du Covent Garden de Londres, puis en 2028 de la Philharmonie tchèque. Le Philharmonique de Radio France peut également se targuer de lui avoir offert l’une de ses premières fonctions prestigieuses, en qualité de chef assistant en 2005 et 2006, au terme d’une sélection haute en couleur.

Depuis, il est revenu à plusieurs reprises diriger le « Philhar’ », à chaque fois pour défendre des programmes originaux (voir notamment en 2017 et 2023), avant son retour les 5 et 6 décembre prochain à Paris avec la même formation pour fêter Brahms, Dvorák et Janácek. En attendant, on le retrouve dans une salle comble à Montpellier pour une soirée russe très attendue.

L’Ouverture-fantaisie Roméo et Juliette (1869/1880) de Tchaïkovski débute dans un climat étonnamment serein, aux phrasés délibérément déliés et mesurés. La transparence et l’élégance des lignes donnent un ton presque désabusé, qui contraste ensuite avec la violence des tutti, comme des déflagrations. La volonté d’écarter tout pathos est une constante de bout en bout, avec une propension à jouer sur les variations de tempo, ralenti dans les passages mesurés pour mieux s’accélérer dans les verticalités. Le soin apporté aux transitions permet ces changements incessants d’atmosphère, qui révèlent quelques subtilités d’orchestration, tout en mettant souvent les groupes d’instruments sur le même plan, sans privilégier la mélodie principale. La fin très sombre, avec son roulement obstiné de timbales mis en avant, sonne comme autant de coups du destin, implacables et saisissants. 

Après cette entrée en matière particulièrement réussie, on montre sur des cimes encore plus hautes avec l’entrée du pianiste français Alexandre Kantorow, qui n’a pas son pareil pour nous embarquer dans la fulgurance des premières mesures du Troisième Concerto (1921) de Prokofiev. Si Hrůsa semble d’abord se mettre en retrait pour privilégier son soliste, il chauffe ensuite à blanc ses troupes dans les tutti, en un geste volontiers rageur. De superbes couleurs, telles que les interventions radieuses de la clarinette solo ou les scansions inquiétantes des contrebasses, viennent soutenir le chant admirable de raffinement de Kantorow, toujours aussi passionnant dans son alternance de virtuosité et d’attention portée à des détails inattendus. Hrůsa se régale de la pulsation rythmique avec une légèreté bondissante, embrassant les différents styles entremêlés, alliant ironie mordante, élan motorique et lyrisme d’inspiration classique. En bis, Alexandre Kantorow interprète le Liebestod de Wagner transcrit par Liszt au piano, en un mélange de fougue et de poésie. Sous les tonnerres d’applaudissements, on entend la réflexion cocasse d’une spectatrice, manifestement aussi étonnée que ravie : « Wagner comme ça, ça va ! ».

Après l’entracte, le concert se poursuit avec la Première Symphonie (1926) de Chostakovitch, composée à l’issue de ses études au conservatoire. On ne peut qu’admirer cette réussite précoce, d’une vitalité étourdissante, dont Hrůsa allège les textures en un élan chambriste. Ce geste n’évite pas un aspect séquentiel par endroits, mais maintient l’intérêt par sa vélocité très théâtrale, sans sentimentalisme. Plus déroutant dans ses variations de climat, le Finale s’embrase dans les différents tutti, évitant heureusement tout triomphalisme pompier.

vendredi 3 juillet 2026

Concert de l'Orchestre national de France - Dinis Sousa - Maison de la Radio - 02/07/2026

Dinis Sousa

A l’occasion de son dernier concert de la saison à la Maison de la Radio, l’Orchestre national de France rend hommage à deux personnalités musicales incontournables de leur temps, nées à quelques mois d’intervalle : si la figure de Berlioz reste évidemment bien connue de nos jours, il n’en est rien pour Louise Farrenc, largement oubliée après sa mort, à l’instar de la majorité de ses collègues féminines. La compositrice a pourtant enseigné le piano pendant trente ans au Conservatoire de Paris, obtenant une reconnaissance académique saluée par ses pairs. Si le chef québécois Yannick Nézet‑Séguin a choisi d’exhumer ses symphonies en concert, comme en 2022 à Baden‑Baden, c’est désormais au tour du Portugais Dinis Sousa (né en 1988) de faire de même avec une formation de premier plan.

Ce concert s’intéresse à la Troisième (1847) et dernière symphonie de Farrenc, dont le Scherzo fait figure de réussite, avec son début à l’inspiration mélodique entêtante. Pour le reste, l’ouvrage fait entendre une compositrice à la technique solide, en grande partie tournée vers les modèles germaniques, Beethoven en tête. Privée de trompettes, l’orchestration est sensiblement allégée par la direction toute de transparence de Sousa, qui met ainsi en avant les interventions splendides aux vents. L’introduction lente du premier mouvement témoigne d’une attention portée à tous les détails dans les piani, le tout admirablement ciselé. Si ce geste n’évite pas quelques aspects séquentiels, il avance en soignant la fluidité des transitions. Le début original de l’Adagio cantabile évoque le maître Reicha par son dialogue entre cor et basson, avant que la respiration sereine alterne avec des épisodes majestueux, proches du style du Haydn de la période londonienne. Le Finale se distingue par son tempérament plus affirmé, mais tourne parfois à vide, faute d’idées vraiment saillantes.


Après l’entracte, les forces démesurées de la Messe solennelle (1824) de Berlioz investissent le plateau, offrant un contraste saisissant avec la première partie. Les masses orchestrales chères au natif de La Côte‑Saint‑André ne sont pas sollicitées en permanence, ce qui permet de donner des oppositions bienvenues entre les mouvements. Cette messe de jeunesse, composée à son arrivée à Paris alors qu’il se formait auprès de Lesueur, montre déjà une audace et un tempérament éloquent. Si cet ouvrage a longtemps été considéré comme perdu, seulement retrouvé en 1991, c’est que Berlioz l’a volontairement écarté pour en faire un véritable laboratoire d’idées réutilisées dans ses œuvres ultérieures. Les oreilles attentives s’amusent à reconnaître des extraits retravaillés du Carnaval romain, de la Symphonie fantastique ou du Requiem.

Dès les premières mesures de l’introduction, Berlioz affirme son désir d’originalité, en alternant des crescendos/descrescendos ponctués par des scansions aux cuivres et timbales. Un accord dissonant fait penser aux audaces de Haydn dans La Création, avant l’entrée savante et polyphonique du chœur. Comme pour Farrenc, la pâte orchestrale légère voulue par Sousa met l’accent sur les dynamiques, autour de phrasés aériens. L’inspiration souvent imprévisible de Berlioz nourrit une tension croissante, en un style qui se rapproche de l’emphase des oratorios. Les grandes envolées du chœur, au sautillement surprenant d’enthousiasme, donnent des effets chaloupés. L’élégance des phrasés de Sousa épouse les passages plus opératiques, donnant à ses solistes une remarquable assise rythmique. Parmi eux, Laurent Naouri est le plus sollicité, compensant une palette de couleurs limitée par des qualités de diction et une projection toujours affirmée. On aime aussi les interventions lumineuses de Julien Henric dans l’apaisement, tandis que Chiara Skerath déploie de semblables atouts dans les piani et les graves.

La dernière partie de cette messe d’environ une heure, étonnamment longue pour un premier essai, accuse quelques parties plus inégales et convenues, en convoquant davantage d’aria pour ses solistes, avant une conclusion cuivrée résolument pompeuse.