Pour sa quarante et unième édition, le Festival de Radio France
Occitanie Montpellier a la bonne idée d’inviter Jakub Hrůsa (né
en 1981), l’un des chefs les plus en vue du moment, directeur musical du
Covent Garden de Londres, puis en 2028 de la Philharmonie tchèque. Le
Philharmonique de Radio France peut également se targuer de lui avoir
offert l’une de ses premières fonctions prestigieuses, en qualité de
chef assistant en 2005 et 2006, au terme d’une sélection haute en couleur.
Depuis, il est revenu à plusieurs reprises diriger le « Philhar’ », à
chaque fois pour défendre des programmes originaux (voir notamment en 2017 et 2023),
avant son retour les 5 et 6 décembre prochain à Paris avec la même
formation pour fêter Brahms, Dvorák et Janácek. En attendant, on le
retrouve dans une salle comble à Montpellier pour une soirée russe très
attendue.
L’Ouverture-fantaisie Roméo et Juliette (1869/1880) de
Tchaïkovski débute dans un climat étonnamment serein, aux phrasés
délibérément déliés et mesurés. La transparence et l’élégance des lignes
donnent un ton presque désabusé, qui contraste ensuite avec la violence
des tutti, comme des déflagrations. La volonté d’écarter tout pathos
est une constante de bout en bout, avec une propension à jouer sur les
variations de tempo, ralenti dans les passages mesurés pour mieux
s’accélérer dans les verticalités. Le soin apporté aux transitions
permet ces changements incessants d’atmosphère, qui révèlent quelques
subtilités d’orchestration, tout en mettant souvent les groupes
d’instruments sur le même plan, sans privilégier la mélodie principale.
La fin très sombre, avec son roulement obstiné de timbales mis en avant,
sonne comme autant de coups du destin, implacables et saisissants.
Après cette entrée en matière particulièrement réussie, on montre sur
des cimes encore plus hautes avec l’entrée du pianiste français
Alexandre Kantorow, qui n’a pas son pareil pour nous embarquer dans la
fulgurance des premières mesures du Troisième Concerto (1921) de
Prokofiev. Si Hrůsa semble d’abord se mettre en retrait pour privilégier
son soliste, il chauffe ensuite à blanc ses troupes dans les tutti, en
un geste volontiers rageur. De superbes couleurs, telles que les
interventions radieuses de la clarinette solo ou les scansions
inquiétantes des contrebasses, viennent soutenir le chant admirable de
raffinement de Kantorow, toujours aussi passionnant dans son alternance
de virtuosité et d’attention portée à des détails inattendus. Hrůsa se
régale de la pulsation rythmique avec une légèreté bondissante,
embrassant les différents styles entremêlés, alliant ironie mordante,
élan motorique et lyrisme d’inspiration classique. En bis, Alexandre
Kantorow interprète le Liebestod de Wagner transcrit par Liszt au
piano, en un mélange de fougue et de poésie. Sous les tonnerres
d’applaudissements, on entend la réflexion cocasse d’une spectatrice,
manifestement aussi étonnée que ravie : « Wagner comme ça, ça va ! ».
Après l’entracte, le concert se poursuit avec la Première Symphonie
(1926) de Chostakovitch, composée à l’issue de ses études au
conservatoire. On ne peut qu’admirer cette réussite précoce, d’une
vitalité étourdissante, dont Hrůsa allège les textures en un élan
chambriste. Ce geste n’évite pas un aspect séquentiel par endroits, mais
maintient l’intérêt par sa vélocité très théâtrale, sans
sentimentalisme. Plus déroutant dans ses variations de climat, le Finale
s’embrase dans les différents tutti, évitant heureusement tout
triomphalisme pompier.

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