Présentée en 2009 et reprise en 2011, la désopilante production de La Scala di seta imaginée par Damiano Michieletto fait son retour au Rossini Opera Festival de Pesaro, avec un plateau vocal en grande partie renouvelé et de qualité plus inégale.
Si La Scala di seta (1812) fait partie des farces du début de carrière de Rossini, elle diffère pourtant grandement de L’ocasione fa il ladro, composée la même année : c’est ce que montre l’écoute successive des deux ouvrages à Pesaro. Proche du vaudeville, La Scala di seta
possède une énergie roborative portée par une succession de quiproquos,
mais souffre d’un livret moins fluide et inventif que celui de L’occasione.
Les personnages commentent ainsi souvent leurs états d’âme, au lieu de
faire avancer l’action par leurs actes. La construction de l’opéra
apparaît aussi plus fastidieuse, avec une succession mécanique d’airs et
de récitatifs, malgré quelques ensembles réussis.
La direction analytique et peu imaginative d’Iván López-Reynoso contribue à cette impression d’un ouvrage classique dans sa structure formelle, heureusement éclairé de quelques traits de génie, notamment l’air du serviteur qui s’endort peu à peu, à mesure que le tempo ralentit.
Le plateau vocal réuni assure l’essentiel, mais sans atteindre les
sommets, notamment dans les ensembles peu en place. Convainquante sur le
plan théâtral, Hasmik Torosyan (Giulia) fait oublier
une projection un rien trop puissante par sa technique vocale solide.
Son timbre perd toutefois en substance dans les accélérations et les
vocalises, là où son émission en pleine voix lui est plus favorable. À
ses côtés, Paolo Bordogna (Germano) fait entendre un
instrument fatigué dans l’aigu, mais sait convaincre dans les situations
comiques, grâce à ses phrasés agiles. Alasdair Kent (Dorvil) déçoit en revanche par son émission trop nasale et engorgée, tandis que Iurii Samoilov (Blansac) adopte un chant en force, un choix finalement cohérent avec son rôle de macho peu subtil.
La mise en scène de Damiano Michieletto place les
interprètes dans une sorte de maison de poupée, privée de cloisons. Les
limites de chaque pièce apparaissent grâce à un dispositif ingénieux de
réflexion en miroir, qui offre une autre perspective, vue d’en haut. Ce
procédé minimaliste évoque le film Dogville (2003) de Lars von
Trier, tout en conservant plusieurs éléments de mobilier. Le spectateur a
ainsi le plaisir de se délecter de cette double vue, qui renforce la
dimension d’automate de chaque personnage, comme une ruche bourdonnante
d’activité. Michieletto renforce aussi la caractérisation des rôles par
une direction d’acteur affûtée, en particulier grâce au Bartolo
fantasque et enfantin de Germano.

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