Le festival itinérant Les Estivales de Puisaye anime chaque été l’ouest
du département de l’Yonne (et occasionnellement jusqu’au Loiret voisin)
depuis sa fondation en 2003. On doit cette initiative à la personnalité
incontournable de Rémi Gousseau (né en 1954), toujours président
d’honneur, en même temps que compositeur et arrangeur pour cet
événement, situé à environ une heure et demie de Paris. Le Français a
longtemps occupé la direction musicale de la Maîtrise Saint‑Louis
de Gonzague (anciennement Petits chanteurs de Chaillot), une chorale
amateur mixte, formée de chanteurs entre 8 et 18 ans, tous issus du
collège‑lycée du même nom. Situé dans le XVIe arrondissement
de Paris, l’établissement d’enseignement privé catholique est reconnu
comme l’un des meilleurs de l’Hexagone, régulièrement en tête des
classements pour ses résultats d’élite.
Le festival a été construit autour de la Maîtrise, qui est honorée de
plusieurs concerts à chaque édition, dont un spectacle lyrique monté
avec des solistes professionnels. On découvre cette année la rare Giroflé-Girofla
(1874), une des œuvres légères les plus délicieuses de Charles Lecocq.
Rival de Bizet et Offenbach en son temps, ce compositeur reste
aujourd’hui réduit à son chef‑d’œuvre, La Fille de Madame Angot
(1872), reléguant aux oubliettes la cinquantaine d’ouvrages composés
tout au long de sa carrière, entre 1857 et 1914. On ne peut donc que se
féliciter de cette résurrection abordée avec tout le sérieux requis,
entre le peu de coupures (pour un total de trois heures avec un
entracte) et l’arrangement réalisé par Rémi Gousseau, pour piano,
violon, violoncelle et clarinette.
Le livret désopilant s’intéresse au pleutre noble Don Boléro, martyrisé
par sa femme et étranglé par ses dettes : le double mariage de ses
filles jumelles doit sauver la situation. C’est évidemment sans compter
avec l’arrivée inopinée des pirates, qui enlèvent l’une des deux
promises... Ce récit haut en couleur est en réalité le prétexte à une
comédie de salon sans temps mort, qui lorgne du côté des satires
domestiques d’Eugène Labiche. La musique inspirée de Lecocq rivalise de
vivacité et de variété, soignant ses ensembles (notamment l’entrée des
pirates), comme ses finales. Le rôle du maure Mourzouk, irrésistible en
impulsif rugueux, se colore d’une touche orientalisante, sans
ostentation, à la manière du contemporain et ami Saint‑Saëns.
Les quatre musiciens font rapidement oublier l’absence d’orchestre,
faisant mouche par leur engagement et leur à‑propos, bien conduits par
la direction lumineuse de Philippe Brocard, toujours attaché à
l’équilibre avec le plateau. Le chef reste plus connu en tant que
baryton, s’étant fait remarquer pour ses nombreuses prestations avec Les
Frivolités parisiennes (voir notamment Les Contes de Perrault ou Gosse de riche).
L’investissement des interprètes est remarquable, surtout dans un
contexte étouffant lié à la chaleur caniculaire, auquel ne peut échapper
le Centre de rencontre de Champignelles. La salle moderne, d’environ
400 places, séduit par sa résonance, autant que sa parfaite visibilité,
et ce quelle que soit la place occupée.
Outre les seize choristes bien préparés pour l’occasion, le spectacle
emporte l’adhésion par l’excellence des solistes réunis, tous aguerris
aux nécessités théâtrales et vocales requises par leur rôle. Ainsi de
Servane Brochard, qui donne beaucoup de fraîcheur à son interprétation,
tout en montrant une maîtrise impressionnante sur toute la tessiture. On
aime aussi la piquante et délurée Marie‑Laure Germain (Aurore), qui
trouve le ton juste pour jouer la mégère qu’on adore détester, tandis
que le solide Julien Clément (Don Boléro) campe admirablement le lâche à
ses côtés. Plus sollicités vocalement, les deux prétendants montrent un
haut niveau, entre l’éloquence agile de Mathieu Septier (Marasquin) et
l’émission puissante d’Artus Maël (Mourzouk) – entendu récemment dans la reprise du spectacle primé, Les Fantasticks, à l’Opéra du Rhin.
Enfin, la mise en scène de Philippe Brocard joue la carte de la
sobriété, compte tenu des contraintes liées à l’exiguïté de la scène ou
aux ressources techniques limitées, notamment pour les éclairages. Il
mise avant tout sur les effets comiques des situations théâtrales, très
efficaces dans les deux premiers actes. Plus court, le tout dernier
s’essouffle quelque peu, du fait d’une action qui se répète, faute
d’enjeux nouveaux. On note enfin le soin apporté à la confection des
costumes d’époque, légèrement modernisés, tout en restant fidèles à la
volonté de suivre au plus près les péripéties.


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