Parmi les événements incontournables de la saison estivale, le Rossini Opera Festival de Pesaro accueillait cette année la reprise de l’une de ses productions emblématiques, créée en 1987 par Jean-Pierre Ponnelle : la farce en un acte L’Occasione fa il ladro (1812) s’épanouit dans un cadre d’une élégance suprême, en forme d’hommage aux artifices du théâtre.
Créé en 1980, le festival Rossini de Pesaro contribue chaque été au
rayonnement de la ville natale du compositeur, déjà prise d’assaut par
les touristes attirés par la fraîcheur de cette cité balnéaire, comme
par son centre piétonnier, commerçant et dynamique. Si le coeur de ville
n’offre pas de charme immédiat, il gagne à être parcouru patiemment,
afin d’y découvrir les joyaux éparpillés ici et là, de la pinacothèque
du Palazzo Mosca aux villas Belle Epoque du bord de
mer. Mais c’est bien entendu la star locale Rossini qui concentre toute
l’attention, de sa maison natale au musée qui lui est dévolu dans le Palazzo Montani Antaldi, sans oublier le ravissant théâtre qui porte son nom.
C’est précisément au Teatro Rossini que l’on retrouve la production de L’occasione fa il ladro,
qui surprend d’emblée par l’épure de son plateau nu, rapidement animé
pendant l’orageuse ouverture : le metteur en scène français Jean-Pierre Ponnelle
(1932-1988) réalise à cette occasion son unique spectacle pour Pesaro,
un an avant sa disparition prématurée. Son travail, visuellement
splendide, sonne comme une déclaration d’amour à la mécanique de
précision du théâtre, révélée dans toutes ses composantes artisanales,
dont l’effervescence fiévreuse colle à merveille au tempérament
rossinien. En choisissant de montrer ce qui est habituellement caché au
public, Ponnelle construit à vue les éléments du décor, au moyen de
rampes et de toiles peintes à l’ancienne, sans jamais chercher à
dissimuler le rôle clé des techniciens du plateau.
Derrière cette démonstration virtuose de la machinerie scénique
comme art visuel se dessine également une lecture originale de la
comédie. Elle s’appuie astucieusement sur le dernier couplet du livret «
si par hasard l’occasion fait devenir l’homme voleur, il y a parfois une raison qui peut le légitimer
» : Ponnelle trouve ainsi la clé de sa mise en scène, en faisant du
valet Martino une sorte de double du compositeur, en maître de cérémonie
qui tire les ficelles de l’action. A la manière d’un conte de Dickens
revisité facétieusement, l’imposante valise transportée au début devient
ainsi la matrice de tout le spectacle, dont sortent personnages,
accessoires et éléments de décor, pour dévoiler sous nos yeux d’enfants
ébahis toute la magie de l’illusion théâtrale.
Parmi les artisans de la réussite de la soirée figure également l’Orchestre symphonique G. Rossini, dont l’affinité avec le brio rossinien s’entend d’emblée. Le chef italien Alessandro Bonato (né
en 1995) donne à sa direction des allures chambristes, aux graves
discrets et d’une douceur ouatée dans les parties apaisées, notamment
l’air d’entrée de Berenice. Le plateau vocal donne quant à lui beaucoup
de satisfactions, au premier rang desquelles la prestation de grande
classe de Matteo Mancini (Parmenione), aux phrasés
éloquents et à la projection insolente, d’une parfaite diction. On aime
aussi le timbre chaleureux et l’émission lumineuse de Martiniana Antonie (Ernestina), en piquante soubrette, tandis que Damiana Mizzi (Berenice) fait oublier quelques raideurs dans les piani par un tempérament bienvenu dans les envolées tempétueuses. Si Giuseppe Toia (Martino) pêche par une tessiture grave modeste, il assure toutefois l’essentiel par sa présence espiègle, tandis que Dave Monaco
(Alberto) fait montre d’une ligne élégante, souple et sereine, à même
de contraster avec l’aplomb mordant de son rival Parmenione.

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