Fidèle à sa mission lyrique, Limoges choisit de donner la primauté à la musique en choisissant l’adaptation réalisée par Alain Perroux, déjà découverte au prestigieux Konzerthaus de Vienne l’an passé, avec seulement deux comédiens. Ici, davantage d’interprètes sont cette fois à l’œuvre mais le principe de cette adaptation demeure: il s’agit bien de réduire l’intrigue d’Ibsen à l’essentiel, tout en proposant la totalité de la musique composée par Grieg, dans l’ordre où elle a été prévue pour la pièce. C’est là l’un des atouts de cette version «intégrale», qui surprend le mélomane habitué des deux suites orchestrales de Peer Gynt par un ordonnancement dramatique totalement différent de la musique de Grieg. Les petits bijoux d’invention mélodique bien connus prennent ainsi un tout autre relief, tandis que d’autres morceaux non retenus pour les suites se distinguent, à l’instar de la délicieuse «Danse des trolls» ou du finale mémorable, qui fait la part belle au chœur.
Tout l’intérêt du spectacle proposé à Limoges tient aussi dans la volonté de mettre en scène ce drame poétique, là où la plupart des concurrents ont prudemment choisi la version de concert (comme à Vienne) ou la mise en espace (par exemple à Strasbourg en 2013). Le voyage initiatique de Peer Gynt multiplie en effet les difficultés en associant un nombre pléthorique de lieux et de personnages, en une temporalité égale à la durée de la vie du héros. Les deux metteurs en scène, Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil, choisissent de se passer de référence illustrative en évacuant tout décor: seul un labyrinthe de routes qui s’entrelacent entre les musiciens, présents sur scène, évoque les chemins tortueux du héros à la recherche de son identité profonde. Cette idée intéressante n’est cependant qu’à moitié convaincante du fait, précisément, de la présence des musiciens au premier plan qui relègue les comédiens et chanteurs en arrière-scène, quelque peu perdus dans ce dédale sans relief. Ce choix fait aussi craindre un écueil acoustique, auquel il est répondu par la sonorisation des interprètes – une décision toujours regrettable pour une jauge d’un peu moins de 1500 places. On notera cependant toute la science de la direction équilibrée et allégée de Nicolas Chalvin, toujours idéal de précision et de détail dans ses amples phrasés, pour éviter à l’orchestre de couvrir comédiens et chanteurs.
On félicitera enfin l’ensemble des interprètes, tous excellents, au premier rang desquels le truculent, gouailleur et volontiers potache Philippe Estèphe dans le rôle-titre, tandis que Norma Nahoun compose une fragile et touchante Solveig. Outre l’Anitra de Marie Kalinine, qui fait valoir toute la rondeur de son timbre chaleureux, les trois filles de pâturages se distinguent par leur cohésion, tout comme le chœur, d’un excellent niveau. En dépit de quelques réserves sur la mise en scène, on conseille ce spectacle, qui sera repris à Montpellier en janvier 2018.





