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| Marek Janowski |
Depuis plusieurs saisons, l’Orchestre de l’Opéra national de Paris s’offre le luxe d’investir la Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris pour ses concerts symphoniques. Avant de célébrer les forces telluriques du Requiem de Berlioz en mai prochain, le public venu en nombre réserve un triomphe au vétéran Marek Janowski, en un programme 100% autrichien dédié à Mozart et Bruckner.
Incontournable figure de la vie musicale parisienne dans les années 1980-90, Marek Janowski
(né en 1939) fait son retour dans la capitale pour un unique concert à
la Philharmonie. C’est là un événement, tant l’ancien chef du
Philharmonique de Radio France, entre 1984 et 2000, a laissé un bon
souvenir, à ses troupes comme aux auditeurs. Pendant cette période, en
signe de son intérêt pour le répertoire lyrique, le chef allemand
d’origine polonaise s’est aussi distingué en dirigeant plusieurs
productions à l’Opéra de Paris, bien avant son invitation à célébrer le Ring de Wagner, à Bayreuth, en 2017.
Le programme débute avec l’une des trois dernières Symphonies de Mozart, la 39e,
qui fait partie de ses ouvrages les plus réussis. Tous composés lors de
l’été 1788, ces bijoux d’invention mélodique et de vitalité rythmique
ont un caractère pourtant bien différencié, audible dès l’introduction
lente de cette 39e. L’aspect solennel et mystérieux, proche de l’ouverture de Don Giovanni (1787), bénéficie du style probe de Janowski, sans aucun vibrato. La rigueur de la mise en place, comme des tempi,
sera une constante de la soirée, sans chercher à mettre en avant la
mélodie principale (si ce n’est parfois aux premiers violons). Dirigeant
sans partition, avec un regard acéré vers ses troupes, Janowski évite
tout lyrisme, sans aucun temps mort. Un rien trop raide dans le Menuet,
l’élan péremptoire donne le ton narratif, autour de ruptures franches
dans les attaques. Si on peut être surpris par le peu de respiration de
cette lecture, la dynamique irrépressible globale fait entendre un
Mozart résolument articulé (proche, en cela, de certaines
interprétations sur instruments d’époque).
Après l’entracte, on retrouve un chef plus encore à son répertoire
de prédilection, lui qui a enregistré l’intégrale du corpus brucknérien
au disque, pour le label Pentatone, dans les années 2010. Il est fait le
choix de la mouture de 1878-1880, qui s’insère entre le premier jet de
1874 (jamais joué du vivant du compositeur) et les dernières retouches
de 1888. Il faudrait que les grandes phalanges osent plus souvent se
pencher sur les versions primitives de Bruckner, souvent étonnantes de
modernité dans leurs audaces formelles. Pour la Quatrième, les
changements sont considérables, puisque le troisième mouvement a été
entièrement réécrit, de même que la plus grande partie du Finale. L’introduction de l’Allegro
initial est en revanche conservé, ce dont s’empare Janowski en faisant
frissonner fiévreusement les cordes, peu avant l’entrée inoubliable du
cor solo. L’esprit de la chasse irrigue cette partition en
mettant en avant cet instrument à plusieurs reprises, ce qui explique
pourquoi tout le pupitre est applaudi en premier lieu, en fin de soirée.
Aucune introspection ou virtuosité individuelle ne vient troubler
cette interprétation, qui avance sans se poser de questions. Les
verticalités au son charnu mettent tous les instruments sur le même
plan, en une vitalité volontiers musculeuse. Toute effusion est ainsi
évitée, avec un allègement perceptible des cuivres dans les parties plus
apaisées, pour donner davantage de place aux admirables bois de
l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Janowski s’autorise de rares moments où
il lâche la bride, en faisant notamment ressortir quelques superbes
saillies aux altos ou encore la scansion des contrebasses en
arrière-plan. Plus séquentiel dans cette lecture, l’Andante revêt un esprit lunaire avec des pupitres très différenciés et des tutti
toujours aussi denses en opposition. Le ralentissement final, superbe
de raffinement sans ostentation, montre toute la science du chef
allemand pour les tenues de phrasés étirées.
L’allègement des cuivres est plus encore audible dans le Scherzo
(un des plus réussis de son auteur), faisant entendre chaque détail de
la partition. On note aussi une propension à davantage marquer les
silences, notamment dans les transitions vers le trio. En signe de son
éloquence, Janowski enflamme le début du Finale de ses tempi rapidissimes, tout en évitant soigneusement le recours au pathos. Les tutti
ravageurs se régalent de cette battue experte, admirablement contrastés
avec les parties plus lyriques, avant une conclusion sans triomphalisme
excessif.

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