Le chef‑d’œuvre lyrique d’Edouard Lalo, Le Roi d’Ys (1888), a fait un retour remarqué sur la scène de Strasbourg (voir ici),
quelques mois après l’édition d’un nouveau livre‑disque du Palazzetto
Bru Zane, avec un plateau vocal différent. Les équipes du Centre de
musique romantique française n’ont malheureusement pas eu l’opportunité
de proposer la mouture initiale en quatre actes, composée entre 1875
et 1878 : il n’existe en effet aucune source permettant de reconstituer
cette version, réduite par la suite à deux actes (et environ 2 heures de
musique) pour en faire le succès que l’on connaît, en 1888.
Paradoxalement, c’est ce travail de coupures drastiques qui donne au Roi d’Ys
sa vitalité unique, en enchaînant les péripéties sans temps mort.
L’élan narratif se double d’une inspiration mélodique au tempérament
souvent éruptif, qui résonne longtemps après l’écoute. Tous les
principaux thèmes de l’opéra sont annoncés dès la brillante Ouverture,
qui mériterait de figurer au répertoire des concerts à l’instar de la Symphonie espagnole (1875) et du Concerto pour violoncelle (1877).
Pour ceux qui ont eu la chance d’assister au spectacle strasbourgeois,
la comparaison entre les deux directions est passionnante, tant Győrgy
Vashegyi prend l’exact contrepied de celle de Samy Rachid : le chef
hongrois allège ainsi les textures, étire les tempi et lisse les
aspérités pour faire ressortir des trésors de subtilité, tout en mettant
en valeur les couleurs de son orchestre. On perd ainsi en nervosité et
en contrastes ce que l’on gagne en musicalité ouateuse et rêveuse :
voilà deux lectures diamétralement opposées, à même d’éclairer des
visions complémentaires de l’ouvrage.
Le disque bénéficie d’une prise de son somptueuse de détail, notamment
audible pour l’excellent Chœur national hongrois, tout aussi à l’aise
dans la diction française que son équivalent baroque, le Chœur Purcell
(voir notamment Les Abencérages
de Cherubini). Mais c’est peut‑être plus encore la distribution qui
fait tout le prix de cet enregistrement : on ne dira jamais assez de
bien du timbre suave et de l’émission souple de Judith van Wanroij
(Rozenn), qui forme un couple harmonieux avec le diseur surdoué qu’est
Cyrille Dubois (Mylio). Si on peut s’interroger sur le manque de volume
du ténor français dans ce répertoire, les micros permettent de compenser
ce désagrément, à l’instar de Jérôme Boutillier (Karnac). Comme Dubois,
Boutillier émerveille par sa capacité à souligner le sens de chaque
mot, sculpté amoureusement. Kate Aldrich (Margared) fait valoir toute la
noirceur de son rôle avec un bel aplomb, tandis que Nicolas Courjal (Le
Roi d’Ys) fait oublier son vibrato par sa force de conviction, très
à‑propos.
Parce que la culture se conjugue sous plusieurs formes, il sera sujet ici de cinéma, de littérature, de musique, de spectacles vivants, selon l'inconstante fantaisie de son auteur
mardi 31 mars 2026
« Le Roi d’Ys » d'Edouard Lalo - Győrgy Vashegyi - Disque Palazzetto Bru Zane
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