L’Opéra de Wiesbaden se distingue cette année pour sa programmation qui
sort des sentiers battus, ce dont le mélomane curieux ne se plaindra
évidemment pas. Après Les Oiseaux de Braunfels, donnés la veille, il est ainsi possible d’entendre, dans le superbe Théâtre de la capitale de la Hesse, une autre rareté, La Fille de neige (1882) de Rimski‑Korsakov. L’Opéra de Paris avait permis de découvrir dès 2017,
dans nos contrées, l’ouvrage préféré de son auteur. La production de
l’incontournable Dmitri Tcherniakov avait alors transposé l’action dans
une secte hippie autonome.
A Wiesbaden, la mise en scène est confiée à son compatriote Maxim
Didenko (né en 1980), qui imagine lui aussi une histoire sensiblement
différente, pour donner davantage de tension à l’action. Le monde
glaciaire post‑apocalyptique, dans lequel évoluent d’emblée les
personnages, offre ainsi une cohérence à l’impossibilité d’aimer de
l’héroïne, comme un signe de traumatisme, tandis que la valse des
revirements du désir autour d’elle s’explique par la confusion de cette
communauté en vase clos. On gagne ainsi en vitalité ce que l’on perd en
poésie et en symbolisme pré‑chrétien. Si l’idée peut séduire sur le
papier, la réalisation visuelle surprend par ses costumes proches d’une
tribu inuite, volontairement cheap dans leur réutilisation
d’éléments précédant la catastrophe. A l’instar d’une vidéo trop
répétitive en arrière‑plan, la déception vient surtout de la direction
d’acteurs maladroite, aux gestes statiques et convenus.
Face à cette mise en scène inégale, la lecture élégante et toute de
mesure du chef Leo McFall (né en 1981), qui a remplacé Patrick Lange au
poste de Generalmusikdirector depuis 2024, se déploie sans nuage
dans les passages lents, en allégeant sensiblement les textures. La
direction prend davantage de saveur dans les verticalités, plus vivantes
en contraste, comme dans les grands chœurs populaires, aux couleurs
chatoyantes. Le plateau vocal se montre lui aussi hétérogène, notamment
du fait du peu de présence de Josefine Mindus dans le rôle‑titre. Malgré
un beau timbre, Camille Sherman (La Fée Printemps) manque aussi de
mordant pour illuminer les réparties aériennes attendues, au‑delà de la
grâce diaphane. On lui préfère le Lel vibrant, aux graves admirablement
cuivrés et projetés, de Fleuranne Brockway, tandis qu’Alyona Rostovskaya
(Kupava) n’est pas en reste dans le brio et l’élan narratif. Comme la
veille, Richard Trey Smagur (Le Tsar Berendeï) reste à la peine dans ses
aigus, tandis que Jaeyoung Ha (Mizguir) montre une technique autrement
plus sûre, rehaussée d’une interprétation délicieusement enjouée. Enfin,
dans les rôles secondaires, Sascha Zarrabi (Bobyl Bakula) se démarque
par ses accents comiques canailles, toujours essentiels dans ce type
d’ouvrage, qui marie plusieurs registres.
Parce que la culture se conjugue sous plusieurs formes, il sera sujet ici de cinéma, de littérature, de musique, de spectacles vivants, selon l'inconstante fantaisie de son auteur
lundi 23 mars 2026
« La Fille de neige » de Nikolaï Rimski‑Korsakov - Maxim Didenko - Opéra de Wiesbaden - 22/03/2026
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire