dimanche 22 mars 2026

« Les Oiseaux » de Walter Braunfels - Ersan Mondtag - Opéra de Wiesbaden - 21/03/2026

 

Considérée comme « dégénérée » par les nazis, la musique de Walter Braunfels a subi un effacement durable bien après la Seconde Guerre mondiale, heureusement en partie compensé par la résurgence de son chef‑d’œuvre Les Oiseaux (1920), dès les années 1990. A l’instar de plusieurs scènes germaniques, la création française à Strasbourg en 2022 a accompagné le retour sur scène de cet ouvrage hybride, à la fois satire politique sociétale et récit initiatique intime.

Musicalement, Braunfels surprend par sa capacité à faire dialoguer une variété étonnante de styles entre eux, du parlé‑chanté frénétique et burlesque au I, annonciateur du théâtre social de Weill/Brecht, au souffle postromantique revisité par des instabilités tonales au parfum vénéneux, par la suite. Si son langage reste éloigné des grandes évolutions de son temps, particulièrement celles de Schönberg et Berg, il impressionne par son à‑propos dramatique, en épousant les caractères de ses personnages, du débit fiévreux des oiseaux crédules au lyrisme naïf du héros en quête de sens, jusqu’aux emportements dantesques de Zeus, en fin d’ouvrage.

Le chef Paul Taubitz se régale de ces audaces avec une battue admirablement différenciée dans l’étagement des pupitres, faisant oublier un orchestre parfois à la limite de ses moyens, notamment aux cuivres. Le chœur local, très sollicité, se joue des difficultés rythmiques initiales, avant de convaincre plus encore dans l’expansivité lyrique.

Le plateau vocal se montre malheureusement plus inégal, avec un Richard Trey Smagur (Bonespoir) aux aigus instables et resserrés, surtout en voix de tête. C’est d’autant plus regrettable qu’il offre des qualités de diseur sur le reste de la tessiture, à l’instar de son comparse Hovhannes Karapetyan (Fidèlami). Ce dernier séduit par une solidité technique bienvenue, qu’on aurait aimé rehaussée d’un soupçon supplémentaire de noirceur et de fourberie, afin d’incarner toutes les facettes de son personnage trouble. Si Jonathan Macker (Prométhée) a pour lui l’éloquence fluide, malgré un manque de grâce, on lui préfère la bonhomie lunaire de Sam Park (La huppe), au verbe bien projeté. Josefine Mindus (Le rossignol) vient compléter cette distribution avec son émission agile et son timbre délicieux, à juste titre très applaudie en fin de représentation.

La mise en scène du trublion Ersan Mondtag (qui a fait ses débuts en France, à Nancy, puis Lyon) s’avère étonnamment sage en première partie de soirée, en plongeant les protagonistes dans le décor unique d’un aéroport. La scénographie splendide bénéficie d’une projection vidéo souvent malicieuse en arrière-plan, avant de prendre une dimension plus cauchemardesque ensuite, pour figurer les états d’âme de Bonespoir et les manipulations du Rossignol. Les costumes hauts en couleurs empruntent à Otto Dix et George Grosz les extravagances souvent grotesques de l’entre‑deux‑guerres. Malgré quelques outrances anatomiques en forme de provocation, dignes de la série télévisée The Boys, cette mise en scène reste passionnante sur la durée, avec un soin notable apporté à la direction d’acteurs.

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