Considérée comme « dégénérée » par les nazis, la musique de Walter
Braunfels a subi un effacement durable bien après la Seconde Guerre
mondiale, heureusement en partie compensé par la résurgence de son
chef‑d’œuvre Les Oiseaux (1920), dès les années 1990. A l’instar de plusieurs scènes germaniques, la création française à Strasbourg en 2022 a accompagné le retour sur scène de cet ouvrage hybride, à la fois satire politique sociétale et récit initiatique intime.
Musicalement, Braunfels surprend par sa capacité à faire dialoguer une
variété étonnante de styles entre eux, du parlé‑chanté frénétique et
burlesque au I, annonciateur du théâtre social de Weill/Brecht, au
souffle postromantique revisité par des instabilités tonales au parfum
vénéneux, par la suite. Si son langage reste éloigné des grandes
évolutions de son temps, particulièrement celles de Schönberg et Berg,
il impressionne par son à‑propos dramatique, en épousant les caractères
de ses personnages, du débit fiévreux des oiseaux crédules au lyrisme
naïf du héros en quête de sens, jusqu’aux emportements dantesques de
Zeus, en fin d’ouvrage.
Le chef Paul Taubitz se régale de ces audaces avec une battue
admirablement différenciée dans l’étagement des pupitres, faisant
oublier un orchestre parfois à la limite de ses moyens, notamment aux
cuivres. Le chœur local, très sollicité, se joue des difficultés
rythmiques initiales, avant de convaincre plus encore dans l’expansivité
lyrique.
La mise en scène du trublion Ersan Mondtag (qui a fait ses débuts en France, à Nancy, puis Lyon) s’avère étonnamment sage en première partie de soirée, en plongeant les protagonistes dans le décor unique d’un aéroport. La scénographie splendide bénéficie d’une projection vidéo souvent malicieuse en arrière-plan, avant de prendre une dimension plus cauchemardesque ensuite, pour figurer les états d’âme de Bonespoir et les manipulations du Rossignol. Les costumes hauts en couleurs empruntent à Otto Dix et George Grosz les extravagances souvent grotesques de l’entre‑deux‑guerres. Malgré quelques outrances anatomiques en forme de provocation, dignes de la série télévisée The Boys, cette mise en scène reste passionnante sur la durée, avec un soin notable apporté à la direction d’acteurs.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire