Depuis la crise du covid et la guerre en Ukraine, les institutions
lyriques allemandes n’échappent malheureusement pas aux coupes
budgétaires, comme partout en Europe. A Mannheim, la nouvelle production
phare de la saison, la rare Passion grecque de Martinů, a fait les frais de ce contexte : le spectacle qui devait être mis en scène par Calixto Bieito (après Le Lac d’argent
de Weill, en 2023) a ainsi été annulé en septembre dernier, et ce bien
après l’impression des programmes en format papier, qui le mentionnent
toujours. Pour autant, la situation du Théâtre de Mannheim reste on ne
peut plus enviable par rapport à nos équivalents nationaux, en affichant
pas moins de quinze spectacles lyriques différents sur toute la
saison : la vingt‑et‑unième ville allemande en nombre d’habitants
illustre ainsi la vitalité et la richesse de l’offre musicale de son
pays, véritable paradis pour tous les mélomanes curieux et voyageurs.
Pour pallier cette annulation, Mannheim a eu la bonne idée de remonter
l’une des productions emblématiques de son répertoire, celle de Madame Butterfly
imaginée en 1969 par Wolfgang Blum (1923‑2024). Ce metteur en scène
récemment disparu avait déjà été honoré d’une superbe reprise en 2018, avec un poétique Hänsel und Gretel.
Toujours aussi inspiré, son travail pour démêler le destin tragique de
la naïve geisha émerveille par son illustration visuelle richement
dotée : la variété et la méticulosité apportées à la confection de
chaque kimono sont un ravissement constant pour les yeux, tout autant
que les multiples détails à même de faire vivre l’Extrême‑Orient
fantasmé. L’immense décor, unique pendant toute la soirée, est revisité
avec un à‑propos sans ostentation, notamment lors de la scène d’amour,
baignée des éclairages mordorés du soleil couchant. L’appartement
typiquement japonais, avec ses parois coulissantes en papier
translucide, permet aussi à Blum de jouer sur les perspectives, ouvertes
sur le jardin et la rade en arrière‑plan ou plus resserrées pour
figurer l’enfermement mental de l’héroïne. Au‑delà de cette réussite
plastique, quelques traits d’humour viennent animer la direction d’acteur, notamment lors de l’intervention désopilante et incongrue d’un
convive trop porté sur l’alcool, pendant le mariage au I.
Face à cette réussite intemporelle, le plateau vocal n’a pas à rougir en
comparaison, surtout dans la parfaite homogénéité des seconds rôles :
autant la pénétrante Suzuki de Julia Faylenbogen, aux graves cuivrés,
que le solide Sharpless d’Evez Abdulla procurent beaucoup de plaisir
tout du long. Mais c’est peut‑être plus encore le Pinkerton au timbre
gorgé de soleil d’Irakli Kakhidze qui impressionne par son aplomb, entre
émission musculeuse et accents radieux. La Butterfly de Zinzi Frohwein
montre un chant davantage porté sur la technique, malgré un soutien
audible du vibrato, surtout en première partie de soirée. Le chant se
déploie mieux ensuite dans les réparties tragiques, autour d’une
interprétation engagée. Le chœur local s’impose également par sa
précision et sa discipline, tandis que l’Orchestre du Théâtre de
Mannheim se distingue une nouvelle fois par la qualité de ses musiciens,
tous de haut niveau. La direction de caractère de Jānis Liepins, aux
tempi vifs, donne quant à elle un visage plus moderne à la partition, en
évitant tout sentimentalisme. C’est assurément l’un des atouts décisifs
de cette soirée, à juste titre chaleureusement applaudie en fin de
représentation.
Parce que la culture se conjugue sous plusieurs formes, il sera sujet ici de cinéma, de littérature, de musique, de spectacles vivants, selon l'inconstante fantaisie de son auteur
samedi 21 mars 2026
« Madama Butterfly » de Giacomo Puccini - Wolfgang Blum - Opéra de Mannheim - 20/03/2026
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