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| Frank Strobel |
Un peu moins d’un an après l’hommage consacré à Ennio Morricone (1928‑2020), l’Orchestre national du Capitole de Toulouse poursuit son partenariat avec Frank Strobel, spécialiste du répertoire de musique de film. Directeur de l’Orchestre philharmonique du cinéma européen depuis sa fondation en 2000, le chef allemand multiplie les projets à même de faire vivre sa passion, des disques inédits consacrés à Schnittke à la restauration de partitions emblématiques (notamment Alexandre Nevski de Prokofiev), tout en proposant des programmes de concerts sur mesure, comme celui sur Chaplin à Strasbourg en 2021.
A Toulouse, l’idée de revisiter les musiques de film récompensées par
une nomination ou une consécration aux Oscars donne un avant‑goût de la
cérémonie officielle, qui aura lieu le 26 mars prochain à Los Angeles,
pour sa quatre-vingt-dix-huitième édition. En attendant, Frank Strobel
et son directeur de la création Fernando Carmena emmènent le public
toulousain à travers un voyage musical d’une remarquable variété, à même
d’embrasser les évolutions de style de la période 1938‑2021 – le tout
sans ordre chronologique.
L’hommage rendu aux compositeurs ayant fui le nazisme pour Hollywood
donne à entendre tout le talent d’orchestrateur de personnalités aussi
emblématiques que Korngold ou Miklós Rózsa, jamais avares d’un éclat
volontiers solaire. Le classicisme serein de Nino Rota, avec Le Parrain II (1974), contraste ensuite avec les audaces rythmiques lancinantes du jeune John Williams en 1975, pour Les Dents de la mer.
Au rang des surprises sonores figure aussi le cliquetis de la machine à écrire du film Reviens‑moi
(2007), qui permet à Dario Marianelli (né en 1963) d’instiller des
dialogues piquants en ostinato avec le piano, sous influence
minimaliste. Mais c’est plus encore la mise en avant du rarissime
thérémine (sorte d’ancêtre des ondes Martenot), qui surprend
l’assistance par ses ondulations fantomatiques et fascinantes.
Après l’entracte, le présentateur du concert Stéphane Lerouge, à
l’érudition inépuisable mêlée d’humour, se félicite à juste titre de la
bonne représentation des compositeurs français dans le programme (à
l’exception notable de Georges Delerue) : on passe des ambiances
tribales à la rythmique électrique de Lawrence d’Arabie (1962) de Maurice Jarre aux mélodies inoubliables de Yentl (1983) de Michel Legrand. Plus anecdotique, la soirée bénéficie des messages audio de Gabriel Yared et Alexandre Desplat.
Le concert se conclut avec le magma sonore impressionnant de Dune
(2021) de Hans Zimmer, qui monte comme une transe irrésistible. En bis,
Strobel rend hommage à l’élégance sereine de la première femme
récompensée par un Oscar, Rachel Portman (pour le film Emma, l’entremetteuse en 1997), avant de conclure dans l’éclat féerique de l’inévitable John Williams (pour le « Flying Theme » d’E. T. l’extra‑terrestre), en star populaire incontournable de la musique de film.

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