mardi 31 mars 2015

« Parsifal » de Richard Wagner - Opéra de Francfort - 29/03/2015


Que ce soit la nouvelle production réussie de La Passagère de Weinberg de Weinberg ou encore la reprise attendue de Parsifal, l’Opéra de Francfort frappe fort en ce début de printemps en affichant complet deux soirs de suite. Le dernier opéra de Wagner bénéficie depuis 2006 de la sobre mais captivante mise en scène de Christof Nel, déjà reprise en 2010, et visible à nouveau cette année. On se souvient ainsi de sa Femme sans ombre, donnée en octobre dernier en ces mêmes lieux dans la plus pure tradition du Regietheater à l’allemande. Un spectacle foisonnant, nimbé de mystères et de questionnements. Cette fois encore, le metteur en scène allemand ne faillit pas à sa réputation et poursuit dans la veine d’une relecture radicale de l’œuvre.

Autour d’un décor unique pendant toute la représentation, Nel abolit toute notion de réalisme en s’appuyant sur d’immenses panneaux de bois tous alignés pour former une immense palissade mouvante – en utilisant cette fois-ci un double plateau tournant. Entre les interstices, l’œil perçoit un monde d’abord clos, où l’on devine un néon blanc (symbolisant la Sainte Lance?) puis des initiés qui s’entraînent au combat. Ces visions fugitives, sans cesse revisitées, participent d’une étrangeté, d’un monde inaccessible et irréel particulièrement fascinant. Dès le Prélude, des hommes et femmes en habits de tous les jours font irruption dans la salle, tels des retardataires. Il n’en est rien. Aussitôt, deux groupes se forment pour permettre aux hommes d’offrir une brève accolade aux femmes, avant de pénétrer seuls sur le plateau. Cette séparation sera encore appuyée par les différentes interventions du chœur des femmes, non pas en coulisses mais sonorisées au plafond telles une présence céleste.


Des sobres costumes aux sombres décors, le noir et le blanc dominent le plateau – seule la scène du jardin des filles faisant exception avec ses rouges flamboyants. Si Christof Nel expédie les rares moments d’action de l’opéra, comme la mort du cygne ou le combat de la garde de Klingsor, c’est pour mieux se concentrer sur les aspects symboliques liés au parcours initiatique de Parsifal. Dans cette optique, aucune temporalité ne vient matérialiser le troisième acte, où les personnages n’ont pas vieilli. Mais l’on retient surtout les superbes scènes de rites, où Nel démontre une parfaite maîtrise quasi chorégraphique, d’une lenteur captivante, imposant un rythme hypnotique particulièrement en phase avec la direction tout en legato de Bertrand de Billy. Idéal de souplesse dans les phrasés, son geste embrasse délicatement chaque infime variation sans jamais sacrifier à l’élan wagnérien. Assurément une des grandes satisfactions de la soirée.


Immensément applaudis à l’issue du deuxième acte comme à la fin de l’opéra, les chanteurs démontrent un niveau de qualité global impressionnant, jusque dans les rôles secondaires et les chœurs. Si l’on peut reprocher à Frank van Aken (Parsifal) et Franz-Josef Selig (Gurnemanz) un timbre manquant de couleurs, la performance physique autant que l’impact dramatique des deux hommes emportent les réserves. Plus puissant, Selig a aussi une éloquence dans la diction toujours très marquante, sans doute plus encore pour l’auditeur germanophone. Très belle prise de rôle pour Claudia Mahnke (Kundry), à la ligne de chant particulièrement bien tenue, également idéale dans la diction. Brian Mulligan (Amfortas) et Simon Bailey (Klingsor) affichent tous deux un timbre de voix très séduisant, parfaitement projeté, même s’il manque encore au premier quelques prises de risque pour nous faire vibrer, tandis que le second gagnerait – à l’inverse – à davantage de noblesse dans le style. De bien infimes réserves pour une soirée logiquement applaudie par un public enthousiaste.

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