Déjà présentée en juin dernier à Avignon, la production imaginée par
Nadine Duffaut fait halte pour deux représentations à Massy, avec un
plateau vocal entièrement renouvelé parmi les rôles principaux – hormis
l’excellent Méphistophélès de Jérôme Varnier, toujours présent pour
cette reprise. Pour sa rentrée lyrique, Massy réussit le tour de force
de réunir la fine fleur du chant français d’aujourd’hui, tout en
apportant un soin particulier aux moindres seconds rôles, tous
distribués idéalement. On pense ainsi à l’irrésistible Dame Marthe de
Jeanne-Marie Lévy dont les intonations fantasques provoquent l’hilarité
dans son court rôle, tout autant que le Siebel très chantant de Samy
Camps. Que dire aussi du superlatif Valentin de Régis Mengus, dont
l’impact physique et la beauté des graves n’ont rien à envier à Jérôme
Varnier, toujours aussi impressionnant dans la précision de la diction,
sans parler de la souplesse harmonieuse de sa ligne de chant? On
aimerait seulement davantage de puissance dans les scènes dramatiques,
là où son rôle nécessite un mordant suffisant pour impressionner
l’auditoire: ses qualités théâtrales devraient l’aider à progresser
rapidement dans cette direction. Il n’en reste pas moins que sa
prestation côtoie déjà un très haut niveau, à l’instar de la Marguerite
de Ludivine Gombert, parfois trop linéaire dans son jeu dramatique, mais
d’une aisance vocale insolente dans les airs. Thomas Bettinger n’est
pas en reste dans son interprétation du jeune Faust, faisant valoir un
timbre velouté et un sens des couleurs éloquents, qui lui donnent à
plusieurs reprises des faux airs de Roberto Alagna. Il est à cet égard
dommage que la mise en scène de Nadine Duffaut ne lui ait pas permis de
chanter ses premières interventions en début d’opéra, préférant confier
le rôle âgé de Faust à Antoine Normand, au timbre plus fatigué dans
l’aigu.
Les chœurs réunis des opéras d’Avignon et de Massy affichent une belle cohésion, même si on pourra leur reprocher une certaine prudence dans les scènes «à effet». Peut-être est-ce dû à la direction tout en dentelle de Cyril Diederich, superbe de précision dans les détails révélés aux vents notamment, mais plus discret dans les tutti, sans parler des quelques décalages avec les chanteurs. Diederich compense ces imperfections par un sens solide de la conduite du discours dramatique, soutenu par un Orchestre national d’Ile-de-France dont l’engagement force l’admiration de bout en bout. Le travail de Nadine Duffaut apporte quant à lui beaucoup de satisfactions, se situant à mi-chemin entre les mises en scène traditionnelles et d’autres plus audacieuses. Sa sobre transposition au début du XXe siècle convainc pleinement par sa capacité à animer le décor unique pendant toute la représentation, composant des tableaux d’une beauté visuelle simple et accessible, autour d’une belle variété d’éclairages et des costumes très réussis. Elle s’appuie sur une direction d’acteurs millimétrée, notamment de magnifiques déplacements du chœur, tandis que les nombreuses pirouettes des danseurs donnent une atmosphère foraine à l’ensemble. On regrettera seulement l'idée de dédoubler le personnage de Faust, déjà vue ailleurs (notamment en 2015 à Bastille), qui n’apporte pas grand-chose: Antoine Normand passe le plus clair de l’opéra à errer sans but, regardant l’action devant lui d’un air hagard. Un détail qui ne nous empêchera pas de conseiller vivement ce spectacle réussi, en forme d’écrin idéal pour découvrir les jeunes pousses vocales d’aujourd’hui.
Les chœurs réunis des opéras d’Avignon et de Massy affichent une belle cohésion, même si on pourra leur reprocher une certaine prudence dans les scènes «à effet». Peut-être est-ce dû à la direction tout en dentelle de Cyril Diederich, superbe de précision dans les détails révélés aux vents notamment, mais plus discret dans les tutti, sans parler des quelques décalages avec les chanteurs. Diederich compense ces imperfections par un sens solide de la conduite du discours dramatique, soutenu par un Orchestre national d’Ile-de-France dont l’engagement force l’admiration de bout en bout. Le travail de Nadine Duffaut apporte quant à lui beaucoup de satisfactions, se situant à mi-chemin entre les mises en scène traditionnelles et d’autres plus audacieuses. Sa sobre transposition au début du XXe siècle convainc pleinement par sa capacité à animer le décor unique pendant toute la représentation, composant des tableaux d’une beauté visuelle simple et accessible, autour d’une belle variété d’éclairages et des costumes très réussis. Elle s’appuie sur une direction d’acteurs millimétrée, notamment de magnifiques déplacements du chœur, tandis que les nombreuses pirouettes des danseurs donnent une atmosphère foraine à l’ensemble. On regrettera seulement l'idée de dédoubler le personnage de Faust, déjà vue ailleurs (notamment en 2015 à Bastille), qui n’apporte pas grand-chose: Antoine Normand passe le plus clair de l’opéra à errer sans but, regardant l’action devant lui d’un air hagard. Un détail qui ne nous empêchera pas de conseiller vivement ce spectacle réussi, en forme d’écrin idéal pour découvrir les jeunes pousses vocales d’aujourd’hui.
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