dimanche 17 janvier 2016

Concert de l'Orchestre philharmonique de Radio France - Jakub Hrůsa - Auditorium de la Maison de la Radio - 15/01/2016

Jakub Hrůsa
On n’a jamais trop de Martinů pourrait-on dire, et Radio France réussit la performance de lui consacrer deux concerts à une semaine d’intervalle. Le plus français des maîtres tchèques était opportunément réuni avec son ancien professeur Roussel la semaine dernière, voisinant pour ce concert avec ses contemporains Suk et Stravinsky. Maître d’œuvre de ce projet, le jeune chef tchèque Jakub Hrůsa (né en 1981) défend régulièrement la musique de son compatriote en tant que président du Cercle international Martinů. C’est ainsi qu’il a déjà donné, notamment à Vienne, le Premier Concerto pour violoncelle avec Johannes Moser, lui-même défenseur de cet ouvrage au disque (Hänssler, 2013). Contrairement à Hrůsa, habitué du Philhar, dont il fut le chef associé voici une dizaine d’années, le violoncelliste germano-canadien faisait ses débuts à Paris pour ce concert, après avoir remporté le deuxième prix du concours Tchaïkovski en 2002 et avoir déjà joué de nombreuses fois avec quelques baguettes fameuses (Muti, Jansons, Gergiev...).


De quoi proposer une affiche très alléchante pour ce concerto donné en première partie de concert. D’emblée, Moser détonne par la liberté stimulante de ses phrasés agiles et bondissants, affichant une force de caractère et une personnalité attachante. On pourra cependant regretter un certain manque de propension à la couleur ainsi qu’une ampleur réduite dans les passages plus virtuoses. Le bis – la Sarabande de la Première Suite de Bach – confirme ces impressions tout en proposant des tempi plus lents et étagés, faisant ressortir une sensibilité sincère par le jeu expressif avec la ligne. A la baguette, Hrůsa dispense un accompagnement attentif, mesuré dans les passages lyriques, plus musclé dans les ruptures. Pour autant, c’est toujours la subtilité qui domine, entre souplesse et naturel dans les transitions, tandis que l’allégement des textures permet de se régaler de chaque détail.


Cette direction qui ne sacrifie jamais à l’élan apporte des plaisirs constants dans les deux intéressants Scherzo fantastique de Suk et Stravinsky, composés respectivement en 1903 et 1908. Ces œuvres tournées vers le XIXe siècle offrent des raffinements de textures dont se délecte Hrůsa, particulièrement impressionnant dans l’attention aux nuances, la construction des crescendo et les fins de phrasés pianissimo. Les bois espiègles et narquois ressortent bien dans cette optique. Mais le jeune chef se démarque surtout dans la Sixième Symphonie de Martinů, l’un de ses chefs-d’œuvre, offrant à l’auditeur un de ces moments d’excitation et d’impatience mêlés qui font la marque des grands concerts. Le foisonnement orchestral et l’imagination d’écriture trouvent ici un écrin splendide, Hrůsa ralentissant souvent le tempo pour mieux surprendre son auditoire en un climat de mystère qui évacue tout lyrisme ou pathos. L’art de la précision dans les attaques offre des dialogues superbes entre les différents pupitres de cordes, que l’on aura rarement entendu aussi investis.


Un chef vivement applaudi par l’ensemble du public à la fin du concert, que l’on aimerait pouvoir entendre dans une œuvre proche de cette symphonie, le Concerto pour orchestre de Bartók. Gageons que le Philharmonique ne manquera pas une occasion de le réinviter!

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