lundi 6 avril 2015

« Anna Bolena » de Gaetano Donizetti - Fabio Biondi - DVD et Blu-ray Dynamic


Drôle d’idée que de monter cette version révisée d’Anna Bolena, de dix ans postérieure à la création originale. Une version totalement oubliée pour des raisons évidentes: tous les changements opérés par Donizetti avaient pour but de s’adapter au nouveau plateau vocal réuni, de loin inférieur à celui de 1830. Le rôle-titre tout comme celui de Percy perdent ainsi leur brillant pour un registre beaucoup plus central. L’opéra subit aussi quelques coupures, censées rendre plus accessible le déroulement de l’action pour l’audience. Autre changement avec l’allégement de l’effectif orchestral, lui aussi justifié par le recours à une autre version historique... de 1833! Sacré tripatouillage.


Bref, si l’on accepte le parti pris de ces modifications, qu’en est-il de la réalisation scénique? Rien à attendre de ce côté-là, tant la mise en scène de Cesare Scarton semble avoir misé sur une prudence presque caricaturale en ce qui concerne le statisme des chœurs ou des chanteurs, visiblement laissés à eux-mêmes. La transposition de l’action au début du XIXe siècle n’apporte rien, si ce n’est un classicisme convenu dans les costumes. Les robes de satin et colliers de perles lorgnent vers le côté classieux des mises en scène de Carsen, sans jamais aller au-delà de cet aspect formel – les éclairages eux-mêmes restant dans cette optique «joli-joli» aux ambiances bleutées à la longue bien lassantes.


Le meilleur se situe au niveau de la direction de Biondi, qui imprime, par ses attaques sèches et ses ruptures dynamiques, une vision excitante bien qu’un peu raide par moments. L’orchestre Europa Galante manque de couleurs, avec des bois parfois un peu verts, mais reste surtout desservi par une prise de son imprécise, par trop réverbérée. Un défaut que l’on retrouve au niveau des chanteurs, aux individualités peu mises en valeur dans les ensembles. C’est bien dommage car Marta Torbidoni (Anna Bolena) mérite mieux qu’une attention polie. Elle déploie son timbre de velours en une éloquente ligne de chant, avec beaucoup d’agilité dans l’aigu. A peine pourra-t-on lui reprocher un chant un rien extérieur à certains endroits – étant peu aidée, on l’a vu, par la paresseuse mise en scène. A ses côtés, Laura Polverelli (Giovanna Seymour) n’a pas le timbre le plus aguicheur, sous-utilisant le médium, mais se montre néanmoins convaincante par son implication théâtrale constante. Martina Belli séduit en Smeton par une aisance vocale certaine, même si son interprétation manque de finesse. Le plateau masculin se montre plus problématique, avec un Federico Benetti (Enrico VIII) piètre acteur et bien placide côté chant, tandis que Moisés Marín García (Riccardo Percy) peine à faire oublier quelques problèmes de placement de voix (et les faussetés associées) par un bel engagement. Les seconds rôles sont corrects, tout comme le chœur.

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