mardi 23 juin 2015

« Così fan tutte » de Wolfgang Amadeus Mozart - Maison des arts de Créteil - 20/06/2015


En cette fin de saison, on ne saurait trop recommander – une fois encore – le tout dernier spectacle concocté par les équipes de l’Atelier lyrique de l’Opéra national de Paris. Après la vibrante Iphigénie en Tauride de Gluck entendue au Théâtre de Saint Quentin-en-Yvelines en mars dernier, la talentueuse troupe investit la grande salle de la Maison des arts de Créteil sur pas moins de quatre soirées. Le XVIIIe siècle est remis à l’honneur avec Così fan tutte, l’un des tout derniers chefs-d’œuvre de Mozart, créé en 1790, un peu plus d’un an avant sa mort.

L’acoustique très mate de la salle de près de 1000 places surprend dès l’Ouverture, entamée à un tempo assez lent par Jean-François Verdier. Avec les jeunes de l’Orchestre-Atelier Ostinato, le chef français impose une lecture sans vibrato, autour de textures claires et allégées. Si l’Ouverture déçoit par un manque d’allant presque amorphe, Verdier se révèle plus convaincant dans l’accompagnement, toujours attentif à ne jamais couvrir les chanteurs. Sa direction parfois inégale (quelques raideurs notamment) sait aussi réserver de merveilleux moments de grâce, tel le superbe ensemble au premier acte où les amoureux se séparent autour d’un festival de couleurs raffinées et délicatement étagées à l’orchestre.


Côté voix, il fallait être présent dans le car de retour vers Paris pour comprendre combien ces jeunes chanteurs jouent ici leur carrière, se donnant à fond pour se faire remarquer, et ce pour la plus grande satisfaction d’un public manifestement très attentif samedi soir. La joie d’Olga Seliverstova était ainsi à la hauteur de sa brillante incarnation de Fiordiligi, puissante et investie. Autres débuts réussis en production scénique pour Armelle Khourdoïan, qui impose une Despina piquante, au caractère bien affirmé et particulièrement à l’aise dans les récitatifs. Andrea Hill (Dorabella) n’est pas en reste autour d’un timbre corsé savoureux, tandis que Piotr Kumon (Guglielmo) assure sans vaciller. C’est surtout Yu Shao qui reçoit une ovation pour son rôle de Ferrando magnifiquement chanté. Un chant très propre, presque trop, qui impressionne au niveau technique. Seul petit bémol avec la prestation du «vétéran» Pietro Di Bianco (Don Alfonso) dont les efforts pour imposer un timbre à l’émission profonde ne permettent pas une expression scénique naturelle.


Et déjà de trois mises en scène pour Dominique Pitoiset avec l’Atelier lyrique: après L’Isola disabitata de Haydn à Suresnes en 2005 (repris voilà deux ans à la Ferme du buisson de Noisiel), puis Orphée et Eurydice de Gluck à Bobigny en 2011, l’ancien directeur du Théâtre national de Bordeaux reste bien ancré dans la mise en scène d’opéra. Comme à son habitude, il se montre assez sobre en transposant l’action en un shooting de mode classieux où le noir et blanc domine. Très réussie visuellement, sa mise en scène s’appuie sur une direction d’acteur serrée, même si elle semble quelque peu manquer d’idées pour réellement animer le second acte, plus statique. On est également peu convaincu par le choix de ne pas grimer les deux amoureux autrement que par un changement de costume – ceci pour signifier que l’apparence prend décidément trop de place dans nos sociétés contemporaines? Les pistes manquent pour être plus affirmatif.


D’infimes réserves cependant pour cette excellente production à voir jusqu’au 24 juin afin de profiter de la formidable cohésion de cette équipe déjà bien aguerrie.

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