vendredi 12 mai 2017

La Création de Joseph Haydn - La Seine musicale à Boulogne-Billancourt - 11/05/2017


Depuis son inauguration fin avril, La Seine musicale n’en finit pas d’attirer le lot de curieux avide de découvrir le complexe ultramoderne de ce nouveau lieu de concert de l’ouest parisien, situé sur l’île Séguin à Boulogne-Billancourt. Pas moins de deux salles composent l’ensemble: la grande de 4000 à 6000 places, dédiée aux musiques amplifiées, et l’auditorium plus intime de 1150 places, consacré à la musique classique. Si les belles lignes épurées de l’extérieur du bâtiment dessiné par les architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines rappellent l’ancien vaisseau des ateliers Renault désormais disparu, l’intérieur est plus froid avec ses grands volumes où le béton domine, entouré de tons neutres – noir, blanc ou gris. Il faut attendre de pénétrer dans l’auditorium à la pointe de l’île pour se délecter du contraste de couleurs plus chaudes, des fauteuils rouges au bois clair choisi, sans parler du plafond recouvert d’un élégant tapis d’alvéoles délicatement ouvragées. Une odeur de neuf est encore présente dans la salle, mais passe au bout de quelques minutes.


En résidence à La Seine musicale, Laurence Equilbey présente en ce printemps l’un des projets phares de sa saison, autour de la rare mise en scène de La Création de Haydn. Contrairement à ce qui est indiqué dans le programme de salle, il s’agit bien du deuxième oratorio du maître autrichien après Le Retour de Tobie, composé en 1775 en italien, là où les deux ultimes chefs-d’œuvre – La Création et Les Saisons – l’ont été en allemand. A Boulogne, alors que les interprètes chantent La Création dans la langue de Goethe, le public bénéficie opportunément des surtitres en français sur un petit écran en hauteur. On se demande dès lors pourquoi La Fura dels Baus, qui assure la mise en scène, a choisi d’agrémenter le voile au milieu de la scène de nombreuses citations – plus ou moins fumeuses – dans la langue de... Shakespeare.


Pour le reste, les Catalans restent fidèles à la réputation qui est la leur depuis leurs débuts parisiens en 2005, jouant la carte des effets spectaculaires et de la performance visuelle, tout en mêlant le grotesque et le kitsch avec une certaine maestria. Pour autant, l’ensemble peine à convaincre sur le fond. Si l’on sourit devant les costumes ouatés et clignotants (sans doute inspirés des précieuses miniatures religieuses espagnoles) des rôles principaux, que dire de cette grue qui les suspend plusieurs fois dans les airs pour chanter, superposant des effets vidéo plus ou moins réussis pour coller quelque peu avec le texte? Fallait-il aussi user et abuser de ces effets, à l’instar de ces énormes ballons blancs trimballés pour faire joli-joli ou ce petit bassin (lui aussi suspendu) d’où les chanteurs ressortent trempés? Seules certaines images, tels ces œufs fécondés par plusieurs rais de lumières, parviennent à dépasser le stade de l’effet plastique pour coller réellement au texte. C’est bien peu, cependant, pour convaincre que ce travail aide à une meilleure compréhension de l’œuvre.


La soirée est également troublée par certains bruits de plateau mal maîtrisés du fait des nombreux déplacements des éléments techniques, sans parler des portes de l’auditorium qui claquent intempestivement pendant le concert (n’existe-t-il pas des grooms pour éviter cela?), tandis que le public se montre inhabituellement indiscipliné, ricanant ou commentant régulièrement les moindres bizarreries de la mise en scène. Fort heureusement, le plateau vocal réuni se montre d’un très bon niveau, à l’instar de la rayonnante Mari Eriksmoen, dont le timbre velouté et l’émission souple emportent l’adhésion. Daniel Schmutzhard n’est pas en reste, même s’il éprouve à plusieurs reprises des difficultés de positionnement dues à sa tessiture, insuffisante dans les graves. Dans son rôle plus léger, Martin Miterrutzner montre une belle musicalité et un engagement de tous les instants, parfaitement épaulé par l’excellent chœur accentus, toujours aussi impressionnant dans sa capacité à détacher chaque voix sans jamais couvrir la voisine. Les différents lieux de spatialisation imaginés par la mise en scène permettent d’apprécier toute la palette d’équilibre de ce bel ensemble, dont on se réjouit qu’il trouve ici un écrin à sa mesure.


L’Insula Orchestra semble quant à lui avoir encore progressé, tant les fautes techniques sont désormais bien rares, ce qui est d’autant plus remarquable que les tempi imposés par Laurence Equilbey se révèlent parfois dantesques. Les amateurs de virtuosité seront ainsi à la fête, tandis que ceux qui privilégient respiration et couleurs préféreront un autre chef. On terminera par une mention spéciale pour les cornistes, tous deux remarquables.

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