lundi 23 septembre 2019

« Les Contes d’Hoffmann » de Jacques Offenbach - Marc Minkowski - Opéra de Bordeaux - 19/09/2019


Après le retrait du très attendu Eric Cutler dans le rôle-titre, l’Opéra de Bordeaux a su trouver en Adam Smith un jeune ténor promis à un bel avenir, du fait d’un timbre charmeur et de phrasés de belle tenue, mais encore insuffisamment aguerri en termes de projection et de présence pour tenir la comparaison face à l’excellent plateau vocal réuni pour l’occasion. C’est là le grand point fort de cette production de rentrée, qui donne l’occasion de revoir la rare Jessica Pratt en France: la soprano australienne relève le défi d’interpréter les rôles féminins principaux, dans un français irrésistible de vérité dramatique, le tout en une maestria vocale digne des plus grandes. On pourra bien entendu noter quelques imperfections dans les accélérations, où le velouté est moindre, et plus encore dans les périlleux suraigus du rôle d’Olympia, qui mettent à mal la justesse. Elle emporte toutefois l’adhésion par son engagement et sa sincérité à toute épreuve. Chaleureusement applaudie en fin de représentation, Aude Extrémo démontre une fois encore toute sa classe vocale, entre précision technique et ivresse de l’interprétation: ses couleurs chaudes et son émission opulente sont un régal de chaque instant, le tout au service du sens. L’investissement dramatique constitue la marque générale de cette production, qui ne néglige aucun des seconds rôles, souvent savoureux, du livret. Ainsi de l’impayable Marc Mauillon, aux phrasés millimétrés et radieux, très naturel dans ses interventions comiques, ou du non moins génial Christophe Mortagne, qui enrichit son rôle essentiellement parlé de sa faconde habituelle. Nicolas Cavallier et Jérôme Varnier se distinguent quant à eux dans l’articulation et la projection, sans jamais négliger le théâtre. On aurait seulement aimé que la mise en scène distingue leurs rôles respectifs afin de leur donner davantage de noirceur et d’équivoque.

Le travail de Vincent Huguet se montre fidèle au livret, autour d’une scénographie élégante, un rien trop sage dans ses partis-pris visuels minimalistes. On a là une mise en scène sérieuse et respectueuse de l’ouvrage, dont la direction d’acteur se concentre sur les personnages principaux au détriment des chœurs, trop statiques. Aucun immobilisme dans la fosse, on s’en doute, tant Marc Minkowski enflamme cette musique qui n’a plus aucun secret pour lui. Ses vifs tempi mettent parfois à mal les chœurs, mais restent globalement l’un des motifs de satisfaction de cette soirée réussie, seulement gâchée lors du dernier ensemble : le réveil inopiné et bruyant de la soufflerie, tout comme l’illumination de la salle, trouveraient leur explication dans un incident technique. Coïncidence troublante quand on sait combien les relations entre Minkowski et ses équipes techniques demeurent houleuses. On espère vivement que le dialogue nécessaire saura s’installer entre eux, comme cela semble désormais être le cas avec les musiciens, afin de retrouver la sérénité indispensable au bon fonctionnement de l’institution.

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