C’est une anecdote bien connue: le fameux librettiste Eugène Scribe
(1791-1861) avait toujours dans son tiroir quelques ouvrages à
destination des compositeurs pressés. Ainsi de Verdi, au début des
années 1850, chargé de composer un grand opéra en français pour l’Opéra
de Paris, à qui Scribe proposa le livret du Duc d’Albe, mis en musique par Donizetti quelques années auparavant mais laissé inachevé. Avec Le Duc d’Albe complété pour l’Opéra des Flandres, donné en 2012 et de nouveau cette année,
on a donc l’occasion de comparer les deux œuvres de Donizetti et Verdi –
l’Opéra de Francfort reprenant lui aussi en cette fin de saison une
ancienne production de 2013.
Insatisfait du livret de Scribe, Verdi effectua plusieurs changements notables, étirant l’action pour parvenir aux cinq actes attendus. Il est à noter cependant que la production de Francfort n’inclut pas le ballet composé par Verdi, soit un peu plus de trente minutes de musique en moins. On préfèrera à cet égard la concision du livret du Duc d’Albe, qui sait aussi réserver d’inattendus éléments comiques en début d’ouvrage, contrebalançant habilement le contexte guerrier global. Pour autant, l’ouvrage de Verdi doit nécessairement être connu pour ses qualités musicales, à la hauteur des grands chefs-d’œuvre des années 1840, la virtuosité en moins.
Le metteur en scène allemand Jens-Daniel Herzog (né en 1963), pratiquement inconnu en France du fait d’une carrière essentiellement centrée sur les pays germaniques, choisit de transposer l’action au milieu du XXe siècle en modifiant les rapports de domination: l’occupation militaire fait place à une domination économique symbolisée par une imposante tour de bureaux qui envahit tout le plateau. Si l’idée est intéressante, elle n’est qu’imparfaitement réussie au niveau visuel, tant la scénographie de Mathis Neidhardt apparaît bien cheap tout au long du spectacle. Les éclairages ont bien du mal à sauver l’ensemble, tandis que les costumes (également dus à Neidhardt) jouent la carte du premier degré, à l’instar des déplacements des chanteurs, peu inventifs.
Insatisfait du livret de Scribe, Verdi effectua plusieurs changements notables, étirant l’action pour parvenir aux cinq actes attendus. Il est à noter cependant que la production de Francfort n’inclut pas le ballet composé par Verdi, soit un peu plus de trente minutes de musique en moins. On préfèrera à cet égard la concision du livret du Duc d’Albe, qui sait aussi réserver d’inattendus éléments comiques en début d’ouvrage, contrebalançant habilement le contexte guerrier global. Pour autant, l’ouvrage de Verdi doit nécessairement être connu pour ses qualités musicales, à la hauteur des grands chefs-d’œuvre des années 1840, la virtuosité en moins.
Le metteur en scène allemand Jens-Daniel Herzog (né en 1963), pratiquement inconnu en France du fait d’une carrière essentiellement centrée sur les pays germaniques, choisit de transposer l’action au milieu du XXe siècle en modifiant les rapports de domination: l’occupation militaire fait place à une domination économique symbolisée par une imposante tour de bureaux qui envahit tout le plateau. Si l’idée est intéressante, elle n’est qu’imparfaitement réussie au niveau visuel, tant la scénographie de Mathis Neidhardt apparaît bien cheap tout au long du spectacle. Les éclairages ont bien du mal à sauver l’ensemble, tandis que les costumes (également dus à Neidhardt) jouent la carte du premier degré, à l’instar des déplacements des chanteurs, peu inventifs.
Christopher Maltman |
Fort heureusement, le spectacle s’anime de la présence d’un chanteur
d’exception en la personne de Christopher Maltman, qui compose un Guy de
Montfort d’une intense gravité, tout en sachant apporter une touche
d’humanité dans la scène de la découverte de l’existence de son fils. La
puissance de projection et les phrasés précis du baryton britannique
impriment un impact physique saisissant, tandis que sa prononciation
idéale du français force l’admiration. A ses côtés, ses principaux
partenaires se montrent un ton en dessous, particulièrement le ténor
italien Leonardo Caimi (Henri) dont le vibrato envahissant lasse sur la
longueur, avec une émission sensiblement engorgée. Seule la voix de tête
évite ces écueils: c’est là bien trop peu pour soutenir un rôle aussi
lourd. Barbara Haveman (Hélène) montre davantage de musicalité dans la
souplesse de l’émission, mais apparaît bien trop prudente dans la
vaillance au I. Elle apparait surtout handicapée par une tessiture qui
manque de l’ampleur requise, craquant ses aigus dans deux airs solos,
puis fait preuve d’un manque d’agilité flagrant dans les rares scènes de
vocalises («Merci, jeunes amies» au V). On notera encore la prestation
de Kihwan Sim (Jean Procida), au timbre séduisant mais timoré dans
l’aigu, tandis que son jeu dramatique pêche par son inconsistance.
Dans la fosse, Stefan Soltesz dirige avec un beau sens des équilibres, distillant des couleurs bienvenues sans s’appesantir sur les détails. De quoi apporter beaucoup de tenue à cette représentation des rares Vêpres siciliennes en langue française, agrémentée par ailleurs de surtitres en allemand et en anglais: la traduction du livret dans la langue de Shakespeare est une nouveauté attendue depuis longtemps à Francfort, à la hauteur des ambitions artistiques de cette grande maison. Bravo!
Dans la fosse, Stefan Soltesz dirige avec un beau sens des équilibres, distillant des couleurs bienvenues sans s’appesantir sur les détails. De quoi apporter beaucoup de tenue à cette représentation des rares Vêpres siciliennes en langue française, agrémentée par ailleurs de surtitres en allemand et en anglais: la traduction du livret dans la langue de Shakespeare est une nouveauté attendue depuis longtemps à Francfort, à la hauteur des ambitions artistiques de cette grande maison. Bravo!
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