jeudi 4 décembre 2014

« Les Barbares » de Camille Saint-Saëns - Laurent Campellone - Livre-disque Palazzetto Bru Zane



Le Palazzetto Bru Zane et son Centre de musique romantique française poursuivent l’édition remarquée de raretés du répertoire lyrique français en de luxueux livres-disques documentés et très complets. On se souvient de l’opéra Le Mage de Jules Massenet, édité en 2012 après une captation en concert à Saint-Etienne, avant que la même équipe ne soit à nouveau aux commandes à l’hiver dernier pour sortir des oubliettes une tragédie lyrique totalement inconnue de Saint-Saëns, Les Barbares. On retrouve ainsi l’excellente soprano dramatique Catherine Hunold, mais aussi Laurent Campellone, chef français régulièrement invité au prestigieux Bolchoï de Moscou, spécialiste du répertoire de la fin du XIXe siècle. Il n’est pas pour rien dans la réussite globale de cette exhumation, tant sa baguette généreuse et vibrante dans l’exaltation des couleurs fait merveille dans cet opéra très symphonique – 45 minutes sur les deux heures que dure la partition!

C’est bien là l’une des étonnantes particularités de cette œuvre de commande conçue pour le grand théâtre antique d’Orange, volontairement courte pour éviter les vicissitudes d’une météo possiblement capricieuse, et finalement créée à l’Opéra Garnier dans une version augmentée d’un prologue et de ballets. Les amateurs de symphonique se délecteront de l’imagination mélodique, de la transparence et de l’élégance propre au grand maître. Evitant tout orientalisme ou emphase, l’imperturbable respect des formes allège la dette au Wagner des Maîtres chanteurs, pourtant si présent dans le poignant duo du deuxième acte, véritable cœur de la partition. Peut-être Magnard s’en souviendra-t-il quelques années après, allant plus loin encore dans l’ardeur sans fin des amours de Bérénice et Titus.


La distribution vocale se révèle impeccable à une exception près: la Livie de Julia Gertseva déçoit par des stridences au vibrato omniprésent, bien fatigante dans la durée. Pour un rôle aussi lourd, on aurait préféré un choix plus judicieux. Fort heureusement, Catherine Hunold impose son soprano rayonnant, apportant une force de conviction sans pareille, et ce malgré une diction parfois approximative que la lecture attentive du livret compensera aisément. A ses côtés, l’impérial Marcomir d’Edgaras Montvidas ne souffre quant à lui d’aucunes réserves, tout comme le superlatif Jean Teitgen (Le Récitant, Scaurus), au timbre profond d’un beau volume.


Magnifiquement capté, ce nouveau jalon de la discographie constituera une découverte à chérir pour les amateurs d’opéra très symphonique, également séduits par le parfait équilibre dans la variété des airs, ensembles et chœurs.

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