mardi 11 août 2015

Oeuvres pour violon et orchestre de Josef Suk, Leos Janácek et Antonín Dvorák - Jirí Bělohlávek - Disque Supraphon


Installé au Royaume-Uni depuis plusieurs années, Jirí Bělohlávek n’en oublie pas de diriger régulièrement la prestigieuse Philharmonie tchèque en son pays natal, comme en témoignent ces gravures, captées sur le vif, consacrées à des œuvres concertantes pour violon. Si le natif de Prague a déjà enregistré le Concerto pour violon de Dvorák en 2003 avec Pavel Sporcl, on le retrouve cette fois autour de l’archet souverain de son jeune compatriote Josef Spacek (né en 1986), premier violon de l’orchestre. Les deux hommes épousent une vision aux attaques sèches dans les passages verticaux, admirablement étagée et détaillée, sans oublier un sens du coloris orchestral toujours aussi éloquent chez Bělohlávek. Alors même que la prise de son le favorise indéniablement, Spacek ne cherche pas à se mettre au premier plan et évite tout vibrato ou séduction facile. Cette lecture rapide, sans respiration excessive, sait aussi s’apaiser dans les passages plus lents, ne perdant jamais de vue l’élan global. Un parti pris sans lyrisme qui donne à cette œuvre un regard plus moderniste, au finale exalté. Une grande version de cette œuvre contemporaine de la Sixième Symphonie (1880), qui sort ainsi de l’ombre du célèbre et incontournable Second Concerto pour violoncelle composé quinze ans plus tard pendant la période américaine.

Le disque est complété par une Fantaisie pour violon (1903) beaucoup moins connue, due au Tchèque Josef Suk (1874-1935). Un compositeur à ne pas confondre avec son petit-fils violoniste, qui a laissé un enregistrement fiévreux de cette œuvre avec Václav Neumann (Supraphon, 1984). Bělohlávek choisit quant à lui d’opposer un déchainement orchestral, intense et dramatique, face au violon plus serein de Spacek. La fin de l’œuvre, plus sautillante, recherche davantage de couleurs, bénéficiant de la splendide captation sonore. Avec le Concerto pour violon «L’Errance d’une petite âme» (1926) de Janácek, on retrouve cette lecture moderniste qui ne cherche pas à lier les éléments disparates caractéristiques de cette œuvre de la dernière manière du maître tchèque. Là encore, le violon cravache en des attaques rudes qui refusent toute envolée narrative, s’opposant en cela à la version récente de James Ehnes, plus consensuel. Rien de tel chez Bělohlávek, qui surprend jusque dans les dernières mesures de l’œuvre, imprimant un cri déchirant et inattendu aux cordes dans l’aigu.

Assurément une lecture très personnelle dans le travail d’accompagnement orchestral, même si les amateurs de violon pur pourront être déçus par cette version qui ne cherche pas à mettre outre mesure le soliste au premier plan.

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