Toujours metteur en scène en résidence au Komische Oper, Barrie
Kosky reste incontournable dans cette maison qui vient de dévoiler sa
prochaine saison. Les chiffres donnent le tournis en laissant
admiratif : sur les vingt‑deux productions présentées (dont neuf
nouvelles), six seront des reprises de ses anciens spectacles (dont Le Nez), aux côtés d’une très prometteuse Lady Macbeth de Mzensk, à découvrir dès fin janvier 2026.
En attendant, la reprise de la production de 2017 de La Belle Hélène
(1864) d’Offenbach est donnée en langue allemande, pour les dialogues
comme le chant, avec de nombreuses modifications et ajouts au niveau
musical. L’Ouverture annonce la couleur, diamétralement opposée au
minimalisme de la veille dans Akhenaton,
en déployant une énergie proche de l’hystérie sur le plateau : les six
danseurs masculins, habillés en culotte courte bavaroise revisitée,
rivalisent de poses toutes plus triviales les unes que les autres, en
lâchant des cris toujours plus rauques. Leur présence omniprésente
pendant toute la soirée, mise en valeur par l’avancée d’un bandeau de
scène devant l’orchestre, donne ce côté décoiffant et volontairement
bruyant, voulu par Kosky.
C’est peu dire que le metteur en scène australien joue la carte de l’outrance, avec une liberté encore plus débridée que la récente production des Brigands
à Paris, déjà éloquente en la matière. A ce jeu‑là, la vulgarité
assumée du jeu d’Hélène frise l’indigestion, entre poses improbables et
accents exagérés, afin de nous rappeler qu’elle n’est qu’une
femme‑trophée et passablement écervelée, dans les mains de son vieillard
de mari. L’idée consiste à mettre à distance le spectateur sur les
velléités sous‑jacentes de moralité bourgeoise sur les attendus du
mariage.
Il faut accepter ce parti pris de surenchère permanente pour apprécier
les qualités de ce spectacle, pourtant bien réelles. On aime ainsi le
rôle central accordé au grand prêtre Calchas, qui moque la
grandiloquence des sermons, comme les difficiles velléités
d’abstinence – si l’on en croit les regards énamourés vers des danseurs
plus ou moins dénudés. Kosky a aussi l’idée de mettre en relief les
origines cosmopolites d’Offenbach en plaçant plusieurs extraits
additionnels tout au long du spectacle, des fanfares juives populaires à
la musique savante germanique (Beethoven, Wagner, Mahler, etc), en
passant par quelques tubes chantés en français, de Brel et Piaf
à Aznavour.
Enfin, le chef français Adrien Perruchon parvient à insuffler une certaine finesse dans cet océan de bonne humeur grivoise, où la mise en scène a clairement pris le pouvoir. Une soirée qui laisse l’impression d’avoir vu un spectacle ébouriffant de Barrie Kosky, avec quelques vignettes musicales intercalées.
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